Sorcier des champs, Sorcier des villes

> > > Sorcier des champs, Sorcier des villes ; écrit le: 16 avril 2012 par telecharger

La marque du destin

Au XIXe siècle, chaque village possède son sorcier ou sa sorcière, son guérisseur ou sa barreuse ; ces catégories se mêlant, il est dif¬ficile de discerner qui officie pour le bien de qui fait le mal. On les nomme différemment selon les régions : en Ariège c’est la « brei- cho », en Albigeois la « mésiniéria », en Provence les « mascs », en Corrèze le « metze » dérivé de meige, magicien. Plus généralement on parle du « socié »

Si chaque village vit avec son « remège », quelques régions ont la réputation ancestrale de repères de sorciers, en particulier la Bretagne avec Concoret, le Berry où l’on entendait dire : « Paulnay, Saulnay, Rosnay, Vuillier : quat’pays de sorciers » auxquels on ajoutait Rezay, Ménétou-Ratel, Verdigny et Sens- Beaujeu dans le Cher et l’Indre avec Vatan, St Sévère et Neuvy-St Sépulchre. Avouer son lieu de naissance suffisait à se faire craindre ou rejeter. Ces réputations s’expliquent par leur situation géographique, près de forêts impénétrables, de lacs et d’étangs. Ces lieux peuplés de créatures extraordinaires sont sujets de légendes qui perdurent et s’incluent dans la réalité ; on ne sait plus vraiment distinguer le faux du vrai. Leur isolement ne facilite pas la diffusion d’idées nouvelles permettant de tordre le cou aux superstitions et croyances anciennes. Marqué dès sa naissance, l’enfant né dans la nuit entre la Toussaint et le jour des morts est élu, détenant le pouvoir maléfique. Satan remplace les fées sur son berceau. De même, pour l’enfant posthume de son père. Naître le septième ou le neuvième dans une lignée exclusivement masculine entraîne la fatale destinée dans de nombreuses régions ; la Normandie applique cette règle à l’envers, donnant la préférence aux lignées féminines. Lors de la venue au monde, des détails démontrent la présomption de sorcellerie : être coiffé du placenta, porter une marque distinctive, une tache de vin, avoir la langue fourchue comme celle de la vipère, idée répandue près de Castelnaudary. L’héritage du pouvoir se transmet sur le lit de mort, par une poignée de main. Le sorcier ne peut mourir sans transmettre son patrimoine composé de ses pratiques et secrets, de ses péchés et maléfices ; l’ensemble revient obligatoirement à un successeur plus jeune que lui. Si nul ne lui succède le dernier jour, le sort désigne le premier nouveau-né du village. Seule une intervention exorcisante du curé contrecarre ce destin fatal en chassant les malins esprits. Sans légataire, l’âme damnée pour l’éternité peut encore agir. Les villageois sont persuadés que de grands malheurs surviendront dans l’année ; catastrophes, pluies dévastatrices ou sécheresse résultent encore de la sorcellerie au siècle dernier.


← Article précédent: Éternuement double Article suivant: Le village vertical de Dubaï


Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles