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Pourquoi les envoûtés meurent

Vous êtes ici : » » Pourquoi les envoûtés meurent ; écrit le: 5 avril 2012 par telecharger

Pourquoi les envoûtés meurentLa pratique de « l’envoûtement » sévit également en Europe. Une personne se rend chez un prétendu sorcier pour lui demander de supprimer un ami ou un parent. Le « sorcier » pour mener sa tâche à bien réclame le plus souvent une photographie de sa future victime ou mieux une mèche de ses cheveux. Il fabrique ensuite une petite statuette de cire ou d’argile censée représenter la victime et la pique ici et là avec une épingle. S’il pique la statue au thorax, la victime aura mal à l’estomac.

Je dis bien « aura »… Si la victime ignore tout de cette combinaison, elle n’aura jamais mal à l’estomac.



S’il s’agit d’une personne sensible et si elle apprend la manœuvre dont elle est l’objet — son ennemi s’arrangera toujours pour le lui faire savoir d’une façon ou d’une autre — elle finira par avoir vraiment mal à l’estomac. Suggestion et rien de plus.

Vivant désormais avec l’obsédante pensée qu’on veut lui faire du mal à tel point de son corps, elle en sera si bien convaincue qu’elle relèvera bientôt de la médecine psychosomatique. C’est un peu comme si elle répétait à longueur de journée pour elle-même ce tragique leit-motiv : « Tu vas avoir un ulcère à l’estomac… Tu vas avoir un ulcère à l’estomac. . . »

Et l’ulcère finira par venir.

Les victimes de l’envoûtement sont précisément les gens qui y croient, et, parce que l’envoûtement fait des victimes, son existence paraît indiscutable.

Certaines personnes sont sérieusement troublées par la crainte d’avoir fait l’objet d’un maléfice et se détruisent lentement elles-mêmes. Il se déclenchera dans leur subconscient une série de réflexes qui annihilent peu à peu leur volonté et qui modifient totalement leur comportement. L’obsession, en fera des malades mentaux.

Plusieurs faits de « sorcellerie », inspirés ordinairement par la haine, l’envie ou la jalousie, peuvent être expliqués de façon différente.

Bien souvent, l’envoûteur ne croit pas lui-même en son procédé. Il agit alors directement pour donner plus de poids à ses menaces.

Un envoûteur du Piémont s’introduisit dans l’appartement de sa victime en l’absence de celle-ci et plaça dans l’oreiller une tête de poulet fraîchement tué. La diablerie fut rapidement découverte, et le mauvais sort commença à agir : La victime, une solide fermière des environs de Treviglio, eut des maux de tête et des coliques. Elle ne perdit pas son sang-froid et fit analyser l’eau de son puits. Le voisin y avait jeté une poudre insecticide dangereuse.

Une histoire plus surprenante encore se déroula à Marseille, haut-lieu français, avec Lyon, de l’envoûtement.

Deux voisines se haïssaient. Celle du troisième étage cria un jour à celle du second :

Je te jetterai un mauvais sort. Tu l’auras voulu ! Cela fit rire la locataire du second étage. Quelques jours plus tard, elle commença à souffrir de mauvaises coliques. Elle pensa alors à la menace dont elle avait été l’objet.

Elle se rendit chez son médecin. Rien d’anormal. C’était l’été : elle alla passer huit jours à la campagne dans sa famille. Les douleurs cessèrent comme par enchantement. Elles reprirent avec le retour à la ville.

Un ami crut comprendre ce qui se passait. Il grimpa sur une échelle et jeta un coup d’œil dans la caisse à eau, suspendue au mur de la cuisine, sous le plafond. Un tuyau déversait dans cette caisse le trop plein d’eau d’une caisse identique située à l’étage au-dessus. Il ne croyait pas au mauvais sort ; il eut l’idée de faire dévier le tuyau du trop plein afin qu’il se déverse directement dans l’évier par un raccord de caoutchouc.

Cela suffit pour faire cesser les méchantes coliques. La jeteuse de sort glissait on ne sait quelle substance dans le tuyau du trop-plein menant chez sa voisine.

Il est cependant possible de se demander si la télépathie ne joue pas un rôle dans l’envoûtement. N’est-elle pas une communication d’émotion qui se moque de la distance ?

Certains, comme le Révérend Père Réginald Omez, pensent que des angoisses ou même des souffrances peuvent ainsi se transmettre. La haine dont une personne fait l’objet pourrait-elle provoquer chez cette dernière le découragement et l’inquiétude ? Ce n’est là évidemment qu’une hypothèse.

Quoiqu’il en soit, la pratique de l’envoûtement continue à sévir dans certaines provinces françaises, notamment dans celles de l’ouest.

Ici on est « ensorcelé », dans la région de la Mayenne on est « ensabaté », en Vendée on est « enjominé ».

Envoûter veut dire précisément : agir sur l’esprit, sur le psychisme d’autrui. L’objet d’envoûtement c’est le « voult ». Cela peut être la photographie de la victime ; elle sera lardée de coups d’épingle.

Beaucoup plus efficace — assurent les envoûteurs — est la statuette de cire à laquelle on a mêlé soit des rognures d’ongle, soit des cheveux ou encore du sang appartenant à la personne visée.

La victime doit savoir qu’elle fait l’objet d’une telle manœuvre, aussi l’envoûteur veille-t-il à placer sa statuette le plus près possible de la maison de sa victime ou de préférence à l’intérieur. Là encore, existent des cachettes de choix : le matelas ou l’oreiller.

Parmi les autres « supports » du mauvais sort on peut encore citer le cou d’un poulet hérissé de ses plumes ou deux couteaux entrecroisés enterrés près d’une porte.

Les cas d’envoûtements par les aliments relèvent simplement de la Cour d’Assise, car ce sont de véritables tentatives d’empoisonnement.

La pratique de l’envoûtement n’est pas gratuite et les sorciers, à Paris comme en province, se font payer très cher. Une statuette de cire vaut de 5.000 à 20.000 francs.

Il existe cent façons de se protéger contre le mauvais sort jeté par un envoûteur. Elles sont efficaces, ceux qui croient à l’envoûtement admettant aussi ses remèdes. Ces derniers, comme le premier, doivent donc agir par suggestion.

Pour se préserver des maléfices de l’envoûteur, j’ai vu une fermière du Gard placer des épingles en croix sur le bord de la fenêtre de sa chambre.

A Sète, j’ai vu brûler sur un couvercle métallique un mélange bizarre composé surtout de gros sel et d’encens. Après la combustion, le résidu fumant était promené avec le plus grand sérieux autour de l’appartement avant d’être soigneusement rassemblé dans une feuille de papier. Et le petit paquet destiné à protéger la famille était placé ensuite sur la plus haute étagère de l’armoire.

Ces procédés font disparaître l’angoisse et l’idée fixe, cette idée qui aurait conduit les victimes à la folie ou à la mort.

Dans la Sarthe, il m’a été donné d’assister à une scène curieuse.

Dans une ferme proche du Mans, le bétail périssait sans raison apparente. On fit venir le « sorcier » du village voisin. Il fit le tour de la ferme, puis se rendit dans l’étable et dans l’écurie. Tout en marmonnant des incatations, il traça des signes sur les murs et sur les portes.

Puis il rentra dans la grande salle commune où la famille était rassemblée.

— Je vous ai apporté des sachets de sel rouge, dit- il, en montrant les petits sacs alignés sur la table. Vous êtes cinq. Il y en a un pour chacun de vous.

On lui remit de l’argent et il s’en alla dans la nuit, tandis que la fermière commençait à clouer, aux portes des pièces désenvoûtées, des chiffons rouges.

Une cérémonie du même genre se passa récemment dans une ferme située dans cette même région, au Luart, mais elle se termina tragiquement.

Ida G… la fermière, voyant que le désenvoûtement n’avait pas agi, se remplit la gorge de sel pour la purifier contre l’invasion des esprits. Elle en fit prendre à tous les siens pour triompher du malin et dans une véritable crise de démence, elle plongea la tête de son frère Marcel, âgé de 17 ans, dans la bassine pleine de sel rouge. Quand elle lui releva la tête, il était mort.

L’accident la conduisit aux Assises du Mans.

Dans l’ouest de la France, le gros sel rouge fait des victimes depuis des siècles. Il en fera encore et la lutte entre jeteurs de sort et désenvoûteurs, ne semble pas à la veille de prendre fin.

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