Magie et science

> > Magie et science ; écrit le: 7 avril 2012 par telecharger

La science – surtout l’idée que nous nous en faisons – permet aujourd’hui de refuser les faits merveilleux qu’on nous présenterait titre de la magie. Ce n’était pas le cas du temps de Paracelse ; un fait, alors, était un fait, comparable à tout autre fait, mais en aucun cas réfutable. Au nom de quoi aurait-on pu nier ou récuser un fait ? De plus, il s’inscrivait dans l’air du temps et répondait à une confuse attente des esprits. La nature était pensée comme force vitale et magique sans cesse surprenante – conçue un peu à la manière du jaillissement intérieur qui, en nous, fait surgir des idées et des images à chaque instant diffé­rentes.

Le propre de la science moderne est d’avoir fourni le cadre et la procédure qui permettent de censurer les faits « magiques », de les dissoudre à partir de la représentation que nous avons des choses. Nous définissons la nature, son essence et sa légalité, avant même que nous en fassions l’expérience : tout phénomène se présentant devra être conforme à cette définition – ce qui fait qu’en principe tout est rationnellement explicable ; et, à terme, tout sera expliqué. Les puissances occultes, soupçonnées ici ou là, ne sont que l’effet de l’ignorance, ou, au mieux, du caractère limité de notre capacité présente d’analyse.

La grande coupure passe par ce changement « coperni- cien » de notre relation au monde. La foi en la science transfor­me le fait magique en phénomène irrationnel. Pour Paracelse la magie n’est pas irrationnelle ; son effort consiste au contraire à la rendre rationnelle à l’intérieur de sa vision du monde. Pour nous l’irrationnel c’est ce qui résiste à l’idée d’une explication ration­nelle, ou qui y contredit – pour Paracelse, l’irrationnel c’est ce qui résiste à son explication du monde à lui ; en l’occurrence c’est le mal, ce grain de sable au sein de la création.

L’autre effet remarquable de la science fait que les mul­tiples usages et comportements propres à la vie sociale et indivi­duelle d’aujourd’hui – envoyer des vœux, porter des talismans, consulter des voyants, jeter des sorts, croire aux revenants, faire tourner des tables, etc. – ne sont plus que de pâles reflets de croyances passées. La science moderne a fait son œuvre. Elle n’a peut-être pas supprimé toutes les pratiques magiques anciennes,

mais elle les a privées de conviction ; elles ne reposent plus sur d’authentiques croyances, ce ne sont plus que des usages, scep­tiques ou amusées, à l’ombre de la science. Tout se passe comme si la science représentait (pour les esprits avertis) la vision diurne du monde, pendant que les phénomènes encore inexpliqués constitueraient ce fond nocturne, sans transparence, auquel la science se trouve adossée et que la lumière du jour est appelée à dissiper.

Par rapport à Paracelse nous nous trouvons manifeste­ment ailleurs. Mais cela ne nous empêche pas de penser que le monde rationalisé d’aujourd’hui est peut-être en manque de ce qui trouvait en Paracelse son expression. Il est évident que nous ne pouvons sauter hors de notre temps, ni hors de notre logique, mais il nous est permis de nous demander si notre époque, si brillante et si performante, ne refoule pas quelque chose d’essen­tiel et qui, précisément, trouvait à se dire dans un langage qui ne saurait plus être le nôtre.

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