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Magie entre Dieu et Satan

Vous êtes ici : » » Magie entre Dieu et Satan ; écrit le: 7 avril 2012 par telecharger

Magie entre Dieu et SatanLe Christianisme est tard venu en pays germaniques. Le paganisme, qui y était endémique, n’avait pas été entièrement éradiqué. Dans ces conditions comment y lisait- on la Bible ? Certes, comme une histoire édifiante ; mais en même temps comme une histoire encombrée de luttes, et de forces contraires s’affrontant ; d’interventions divines aussi : gué­risons, apparitions, transfigurations, lévitations, résurrections et autres prodiges en témoignent. L’imaginaire de Paracelse en fut nourri ; il n’a jamais douté de l’authenticité des phénomènes extraordinaires relatés dans le Livre saint.

Mais voilà le paradoxe : Paracelse a rejeté tous les livres, sauf celui-là ! Qu’est-ce qui a pu le conduire à faire cette excep­tion ? Le contenu (merveilleux) du Livre saint ? Son éducation religieuse ? Sa foi qui, déjà, semblait vouloir aller au-delà de toute parole enseignée ? Peut-être tout cela à la fois.



Une chose est certaine : Paracelse estime que tous les livres sont à brûler car ils ne contiennent que des affirmations passées, donc dépassées. L’Ecriture seule délivre une parole actuelle. L’actualité de l’Evangile est aussi patente pour Paracelse que la spontanéité chaque jour actuelle de la nature. En ce sens le Livre saint se démarquerait, et lui seul de tous les autres.

En est-il vraiment ainsi ? Le message des Ecritures n’est-il pas, lui aussi, à interpréter toujours à nouveau, à décrypter – donc à rendre actuel ? Le travail considérable de commentaire des Psaumes, accompli par Paracelse, ne consiste-t-il pas à chercher un autre texte derrière le texte, un texte peut-être moins clair, mais plus authentique ? Le texte écrit, même biblique, n’est-il pas, pour Paracelse, un peu court ? L’on sait que la fidélité qu’il revendique n’est pas la fidélité à l’enseignement d’une église. Le « travail » qui s’opère en lui, vers la fin des années 30, le met en quête d’un message d’un autre ordre – d’une foi nouvelle, non liée à la lettre : une fois sécularisée. Nous avons déjà noté la fai­blesse de l’argumentation concernant le mage céleste interprété à partir de la parole de l’Ecriture. Il est évident que Paracelse ne pouvait pas, sur ce chemin, aboutir à un renouvellement de la problématique. La conception du mage du nouvel Olympe était attendue après ces percées vers un au-delà du texte.

Or, tout serait simple s’il n’y avait un trouble-fête : Satan. Paracelse, élevé dans la crainte du Malin, se fraye un che­min incommode entre Dieu et Satan – deux figures éminem­ment bibliques, deux figures ambiguës, non définies. Non définissables ? Il arrive à Paracelse d’afficher un certain mani­chéisme dans les développements qui ont trait aux puissances infernales – comme s’il existait un anti-Dieu. Ce n’est pourtant pas le cas : les mauvais anges demeurent des anges. Un accident les a privés de la contemplation de Dieu ; comme éblouis après avoir contemplé le soleil, ils se trouvent aveuglés.

L’explication pourtant ne satisfait pas Paracelse. En effet, aveuglés, ils agiraient simplement à tort et à travers. Ce n’est pas le cas. Satan n’est pas une girouette : il cherche à faire le mal systématiquement, avec constance. Cette constance intrigue.

Le plus souvent Paracelse imagine ce mal comme exté­rieur à l’homme ; l’homme se trouverait confronté au mal comme à une force étrangère à son être. Il lui arrive pourtant de penser aussi que le mal est en l’homme, qu’il est intérieur à l’homme. L’enfer, écrit-il, n’est pas en dehors du centre, [donc en dehors de l’homme] mais en l’homme, là où il vit et non ailleurs (XIII, 260). Dès lors le mal devient une composante de la volonté humaine. Satan s’est intériorisé. Mais cet aspect, plus révolutionnaire, n’a pas été développé plus avant. On peut le regretter, car l’idée du mage maléfique revêtirait un tout autre intérêt.

Mais revenons, une fois encore, à la foi du nouvel Olympe. N’est-elle pas un engagement par delà le bien et le mal, donc par delà Dieu et par delà Satan ? Y a-t-il une voie viable entre ce qui a été institué par Dieu (par le Dieu qui a parlé) comme bien, et ce que Satan, puissance de l’ombre, nous insinue comme mal ? L’homme est-il à même de s’avancer vers ces régions où la Loi n’a plus cours : vers le nouvel Olympe ? Le nou­vel Olympe n’est pas l’ancien Ciel dont parlent si savamment les théologiens (Paracelse se moque de leur discours), mais un nou­veau Ciel qui ne parle et dont on ne parle. A bord de cet Olympe – si haut ou si abyssal ! – le bien et le mal ont perdu sens et per­tinence. L’homme s’y rapproche du « géniteur » du monde.

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