Lire un grimoire : rites et interdits

> > > Lire un grimoire : rites et interdits ; écrit le: 17 avril 2012 par telecharger

Au XIXe siècle, la France rurale est sous l’emprise de ces lectures, clés d’un certain pouvoir, qui provoquent fascination et frayeur : la persistance des légendes relatives à ces ouvrages le prouve. La possession d’un livre de conjurations n’est pas sans danger, chacun le sait. Le curé, lors de l’office du dimanche, prononce des sermons interdisant ces recueils à la maison. Il met en garde et présente les dangers encourus. On disait alors que si, par hasard, on “erite d’un tel livre à la mort du sorcier, mieux vaut s’en débarrasser sans jamais l’ouvrir car le malheur viendrait sur celui qui transgresse ce conseil. Celui qui ne peut résister à la tentation et l’ouvre sans autorisation voit apparaître sur la première page les invitations suivantes, plutôt provocatrices : « lis, si tu es assez courageux » ou « tourne, si tu es assez hardi ». La lecture engagée, le contrevenant est soumis à l’emprise du diable ; envoûté, il ne peut ri bouger, ni parler ou devient tourmenté toutes les nuits par des -«elites flammes diaboliques tournant autour de lui et l’entraînant zans une ronde infernale ne cessant qu’au lever du soleil. L’intervention d’un sorcier initié ou d’un prêtre est seule apte à délivrer le curieux par leur « contre force ».

Dangereux, le grimoire maléfique transforme un jour ou l’autre son propriétaire en victime. Les prêtres en détiennent sans crainte. protégés par leur relation divine. Dans la tradition bretonne, le ‘endemain de son ordination, chaque curé trouve par miracle infernal un exemplaire magique, sur son chevet. Elle présente également ces grimoires et particulièrement les Agrippa, comme des livres animés, capables de devenir aussi grands qu’un homme, lorsque le lecteur tourne les pages. C’est une véritable épreuve que d’ouvrir ce livre qui résiste et ne se laisse pas déchiffrer tant que le titulaire n’est pas initié. Ses secrets restent bien gardés, entretenant son mystère. A première vue, les pages sont rouge sang, sans aucune inscription ; après initiation, le texte surgit sous l’apparence de signes cabalistiques noirs. Chaque page est paraphée par le diable, ce qui protège l’ouvrage du feu : les grimoires sont ininflammables et leur odeur souffrée est asphyxiante.
Le rituel de consultation s’avère précis : le sorcier n’ouvre jamais un tel livre sans avoir de question à lui poser, sous peine de mort ou de perte d’esprit. Il doit avoir jeûné de un à trois jours. La nuit est préférable à la lumière. Contre toute tentation, il cache l’ouvrage dans un meuble, dans une boite en fer enfouie à la grange, il l’entoure de chaînes fortement serrées et le suspend au plus haut faîtage de la maison afin que nul ne s’en empare ou ne dénonce son propriétaire.

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