Les transferts de maladie

> > Les transferts de maladie ; écrit le: 5 avril 2012 par telecharger

Une des pratiques des féticheurs-guérisseurs étonne particulièrement les Européens, celle du transfert de maladie.

Nombreuses en effet, sont les scènes rapportées d’Afrique, où le féticheur guérit son patient en faisant passer le mal soit dans le corps d’un autre noir, soit dans celui d’un animal ou parfois même d’un arbre.

Sans aucun doute, le malade guérit par suggestion, étant par avance convaincu de l’efficacité d’une telle pratique.

Il reste à savoir comment un animal peut, sur ordre, prendre le mal qu’on lui confie ? Se laisserait-il, lui aussi, influencer ou mieux hypnotiser par le féticheur ?

Quand le mal passe d’un individu dans un autre, la suggestion joue deux fois avec la même force : chez le patient convaincu de la guérison, et chez la victime, certaine d’être en mauvaise posture.

Au printemps de l’année 1955, j’avais été invité par mon ami anglais Edward Parkett et quelques-uns de ses compatriotes à chasser l’éléphant et le lion dans la région située au nord-ouest de la Nigéria.

Notre petite troupe comportait, outre les porteurs noirs, une douzaine de blancs.

Après une journée passée à Sokoto pour réviser le matériel, les armes et les munitions, nous quittâmes le village le lendemain matin.

Notre convoi comprenait deux jeeps et un camion. Ils prirent bientôt la direction du sud.

Dans la soirée, nous traversions Jaredi, puis Arjungu. Nous laissâmes les véhicules à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest, exactement à Birnin Kebb, un gros bourg situé sur la rivière Kebbi, affluent du Niger qui, après Gaya, quitte les territoires français pour pénétrer et achever son cours en Nigéria.

La troupe de chasseurs s’enfonça dans les collines boisées dominant à l’ouest la rivière Kebbi. Pendant deux jours, nous cherchâmes en vain les éléphants.

On décida alors de revenir à Birnin, de traverser la rivière et de s’enfoncer dans la savane où antilopes et lions abondent.

Les véhicules roulèrent donc en direction de Jega et traversant le pont foncèrent sur la piste de Gulbin Zaki, encore praticable.

Les véhicules garés à Anka, les chasseurs se livrèrent à leur sport. Le premier soir il y eut au tableau, trois gazelles, deux mouflons et un lion des plus majestueux.

Les porteurs préparèrent le dîner en plein air. Deux noirs, en allant chercher du bois sec, étaient arrivés à Fimproviste sur les rives d’un petit étang et avaient réussi à capturer une petite gazelle âgée à peine de deux mois. Ils la ramenèrent vivante au camp. Elle aurait fait un excellent rôti si l’un des Anglais, Ernest Bolding, n’avait décidé de lui faire connaître l’Europe pour l’offrir à sa fille.

Juste avant le repas, en sautant un fossé, Ernest Bolding tomba malencontreusement et se tordit la cheville. L’infirmier de la troupe examina la partie douloureuse qui enflait rapidement. Au moindre contact, l’homme poussait des cris de douleur. Des tendons devaient être déchirés. Il restait une dizaine de kilomètres à parcourir avant d’arriver à Anka. Aussitôt les porteurs se mirent à construire un brancard avec des branches.

L’un d’eux, nommé Bon Saboun, s’écria :

—           Pas besoin de brancard ! Il y a la jeune gazelle. Ça pourra très bien s’arranger !

On crut qu’il devenait fou.

—           Il y a la gazelle, répéta-t-il. Je vais à Mai-Inchi chercher mon ami le féticheur.

Les chasseurs haussèrent les épaules et commencèrent leur repas, attristés par l’accident survenu à leur camarade.

Le repas terminé, on plaça Ernest Bolding sur le brancard de branches. Au moment où l’ordre de départ allait être donné, on vit revenir Bon Saboun essoufflé, en compagnie d’un grand noir vêtu de ridicules oripeaux de couleur, la face barbouillée de blanc.

—           C’est Sam Baba, le féticheur, fit Bon Saboun, pour toute explication.

Sam Baba parut ignorer l’assistance et se dirigea tout de suite vers le blessé.

—           Où est la gazelle ?

—           Elle est attachée au baobab. Je vais la chercher, dit Bon Saboun.

Il revint un instant plus tard avec l’animal.

Sam Baba planta un piquet en terre à côté du blessé et y attacha l’animal. Puis, il prit les larges feuilles de « mpala » qu’il tenait enroulées sous son bras, mit à l’intérieur quelques plantes écrasées et posa le tout à la façon d’un emplâtre sur la partie douloureuse.

Un instant il caressa la jeune gazelle. Debout, le frêle animal était immobile. Le regard de Sam Baba allait de l’homme à la gazelle.

—           Que vas-tu faire ? demanda Bolding. Tu ne vas pas tuer cette bête, au moins.

—           Pas du tout ! fit le sorcier. Elle aura simplement mal à la jambe. Elle boitera pendant deux ou trois jours, puis guérira. Mais toi tu guériras tout de suite. . . Ton mal va passer dans la jambe de la gazelle !

—          J’ai souvent entendu des histoires comme celle- là, dit Bolding, mais si tu fais ce miracle — car je ne l’ai jamais vu faire — je te donne mon fusil…

Sam Baba eut un large sourire.

—           Tu es généreux, mais je viens de loin pour te guérir. Sens-tu toujours ta douleur ?

Bolding dut convenir qu’il ne ressentait presque plus rien. Il jeta un coup d’œil sur la gazelle. L’animal tremblait et commençait à gémir.

Le sorcier posa sa main gauche sur la cheville et promena au dessus deux os de léopard attachés en croix.

—           Ton fétiche ! fit Bolding.

—           Oui… un bon fétiche qui va chasser le mauvais esprit.

Brusquement, il écrasa la cheville entre ses mains.

—           Tu vois, tu ne sens plus rien, fit-il à Bolding. C’est la bête maintenant qui est malade.

La gazelle s’était allongée à terre et paraissait se tordre de douleur. Elle ouvrait de grands yeux où jouait la flamme du foyer proche. Quand le sorcier lui toucha la patte tendue vers le ciel, elle se mit à gémir de plus belle,

Cette scène dura une bonne heure. Sam Baba déplia les feuilles de « mpala » qui protégeaient la cheville. Il y avait dessous une bouillie verte. Il en frotta le membre, le massant en remontant du pied vers le genou.

Bolding se souleva pour voir ses chevilles. Elles étaient identiques. L’enflure avait disparu.

—           Tu peux te lever ! lui dit Sam Baba.

Moqueur il ajouta :

—           Er mettre ton brancard au feu.

Il le fit lui-même, puis se retourna vers la gazelle.

—           Toi aussi, tu peux te lever… Tu boiteras un peu, ma jolie, mais ça te passera dans trois jours.

La gazelle, détachée, se dressa. Maintenant elle boitait comme si elle avait reçu un violent online casino coup sur la jambe.

Des scènes de ce genre se déroulent fréquemment en Afrique.

Elles sont plus étonnantes encore lorsque la victime est un autre noir, le plus souvent, le domestique d’un chef de tribu, bien obligé d’en passer par là pour sauver son maître.

De la même façon, le féticheur fera passer une méchante fièvre, un mal de tête ou un mal de dent chez un autre individu.

Ce procédé ne vient à bout que des maux relevant de la médecine psychosomatique. Le féticheur guérit le physique par le psychique, le corps par l’esprit.

On raconte, bien entendu, que des transferts de maladie se font de la même façon pour des membres cassés ou pour des abcès. Cela n’a jamais été vérifié. Il est, au contraire, possible de donner la liste des maux relevant de cette « magie » qui n’en est pas une : ulcère, eczéma, asthme, etc.. .

Les féticheurs et autres sorciers noirs se révèlent donc des êtres habiles à manier la suggestion et les tours d’illusion, mais ils n’ont en eux-mêmes aucun pouvoir et ils exploitent au maximum la naïveté de leurs semblables.

Il serait seulement possible d’attribuer — à quelques-uns au moins — la pratique de la télépathie.

Il se pourrait que le fameux sixième sens soit un sens fossile. Peut-être a-t-il été très développé chez les premiers hommes, l’est-il encore chez les peuplades primitives ?

Faudrait-il alors conclure que la civilisation, en épuisant les individus, en supprimant toute véritable liberté de pensée et d’agir, en modifiant totalement leur comportement naturel a tué lentement le sixième sens ?

Si l’on en croit certaines histoires qui courent dans les déserts australiens ou au cœur sauvage de l’Afrique, c’est possible.

Il n’en reste pas moins vrai que la magie noire n’existe pas. Les féticheurs sont seulement des psychologues passés maîtres dans l’art de la suggestion et de l’hypnotisme, passés maîtres aussi dans l’art du truquage et de Fillusion. « La mort par persuasion » ou mort à distance représente l’un de leurs plus beaux tours.

L’explorateur Jacques Villeminot, en Australie, a réussi à vivre quelque temps au sein même de la tribu des Pitjantjaras. Il a ramené de là quelques souvenirs curieux et en particulier un os de kangourou capable de provoquer la mort à distance, sans produire la moindre blessure. C’est un os d’une dizaine de centimètres de long, taillé en forme de barque très allongée.

Cet objet n’a pourtant rien de diabolique. Il n’émet aucune effluve. Il agit seulement par suggestion, lorsque la victime choisie découvre l’os à effet mortel.

Généralement le sorcier se charge de l’opération.

Il taille l’os ou le bois avec le plus grand soin, prononce peut-être pour la forme quelques paroles cabalistiques et la nuit venue, va enterrer l’objet dans le sable, à proximité du camp, en le pointant dans la direction de la victime.

La victime sait qu’elle s’est fait un ennemi. Parfois, elle fouille elle-même le sable, terrorisée à la pensée d’y trouver l’os de la mort ; mais, le plus souvent, un intermédiaire vient l’avertir de l’endroit où l’os est caché.

Que se passe-t-il alors dans cette âme simple et facilement influençable ? Nul ne saurait le dire avec précision. L’esprit reçoit un choc considérable et l’homme visé en perd vite le sommeil et l’appétit. Il dépérit rapidement et parfois devient fou avant de mourir.

Le sorcier est le seul défenseur contre « l’os de la mort ». Lui seul peut découvrir l’agresseur et du même coup faire disparaître le maléfice. La paix reviendra alors dans l’esprit troublé et, avec le sommeil et l’appétit, la santé.

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