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Le mage

Vous êtes ici : » » Le mage ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

Le mageL’Astre est en principe présent et consubstantiel à l’ensemble du monde. Toutefois pour devenir efficace dans le monde visible il lui faut un point d’appui, un intermédiaire. Paracelse utilise les termes de médium ou de centre. Ce point d’appui de l’influence, c’est tel végétal, tel minéral, tel animal, tel homme. La force sidérale passe par eux et devient effective en eux. En l’homme toutefois cet impact est double : l’homme agit, certes, et intervient dans le monde visible par son art ; mais il est égale­ment appelé à manifester les merveilles que Dieu a installées au creux des choses. Or, ce décèlement des secrets de la nature est un acte magique. « Celui qui en est capable, celui-là est un mage », écrit Paracelse (XII, 501).

Pourquoi tous les hommes ne se laissent-ils pas envahir par la puissance sidérale et devenir des messagers, des mages ? Peu y parviennent, en effet, freinés ou empêchés qu’ils sont par mille et un obstacles dont Paracelse ne cesse de faire le rappel à travers son œuvre. La paresse, la vanité, la débauche, etc. ne permettent pas à l’invisible puissance d’occuper l’esprit et le cœur des hommes.



Cette idée de disponibilité (laisser l’Astre nous envahir) est évoquée par Paracelse comme le chemin permettant à la vraie nature de l’homme, de tout homme, de se réaliser : se tenir ouvert à l’appel de l’être, pour que ce qui nous porte puisse devenir manifeste en nous, et efficace.

Précisément le mage est l’homme disponible par qui passe la force sidérale et qui, opérant, en rend visibles et palpables les effets. En lui la visitation céleste se fait selon toute son ampleur, selon la plénitude. Non seulement le mage rend cette incursion possible, mais il la désire, la provoque. Selon les termes de Paracelse, il la tire à lui, il l’aspire, la fait descendre en lui. Dès lors rien ne lui est impossible !

Envisagé de la sorte le mage accomplit la vocation même de l’homme, l’humaine destination : il est ce que tout homme devrait être. Et nous retrouvons ici un autre thème important de la pensée de Paracelse, l’idée du devoir-être. L’alchimiste, person­nage typiquement paracelsien, est appelé (c’est sa vocation) à conduire les choses vers leur destination : le minerai vers le fer, le fer vers la faucille ou l’épée, etc. Mais, contrairement au mage, sa vocation demeure liée au faire, à la juste conduite de l’entreprise ; il cherche à parfaire. La vocation du mage est d’une autre nature : elle est double et se conjugue selon deux finalités : connaître et manifester.

Connaître est synonyme, chez le mage, de révélation. La surprise de l’intimité naturelle est un acte magique ; car le mage ne connaît pas selon la lettre, il connaît en visionnaire. Dans l’étoile qui paraît là, dans le ciel, il voit plus que ce qui est offert au regard du commun des hommes. Il voit parce qu’il est deve­nu pour ainsi dire l’Astre lui-même. Dans le simple, il voit la vertu qu’il recèle, parce que la vertu n’y est pas autre chose que la présence de la force sidérale.

Manifester représente le côté Here, I have considered the Kaggle blue book for bulldozers competition for understanding the types of Big best-data-recovery.com problem definitions. spectaculaire de sa façon d’intervenir dans le monde du commun des mortels. Le mage est, en effet, un personnage hors normes : il accomplit des actes qui contrastent avec le cours ordinaire de la nature. Il enferme dans la gemme qui est devant lui un pouvoir qui lui vient de l’Astre ; ou bien il communique avec une personne qui se trouve à mille lieux de distance ; et même il lui arrive de transformer un corps en un autre…

Son intervention dans le monde visible est spectaculaire, est spectacle. Elle surprend. Il y a irruption dans l’espace com­mun de phénomènes imprévus, improbables et de plus, pour le commun des hommes, inexpliqués – ce qui ne manque pas de susciter chez les observateurs les commentaires les plus divers : commerce avec le diable, appel aux esprits maléfiques, sorcellerie, etc. C’est cette méconnaissance qui conduit Paracelse à tenter une justification (probatio) de la magie véritable, c’est-à- dire à en manifester la légitimité en face de pratiques aberrantes. Si la démonstration réussit, la magie apparaîtra naturelle, car elle est selon l’ordre de la nature.

Si le mage, accueillant le pouvoir de l’Astre, se trouve de la sorte en parfait accord avec l’ordre invisible de la nature – à la différence de l’homme distrait – on peut l’appeler un saint de la nature, parce qu’il accomplit pleinement la mission que Dieu a assignée à l’homme sur la terre : révéler les mystères de la nature, agir en « concorde » avec eux. « Dieu a fait l’homme pour que la sagesse casino online de l’Astre soit manifestée, en sa perfection, que rien ne demeure caché, mais que tout soit mené au jour… que tous les arts soient découverts » (XII, 34). Connaissant et agissant, le mage parfait l’œuvre divine, car Dieu veut être connu et recon­nu en sa création (XII, 58-59).

Sans la magie, par exemple, le médecin ne peut connaître, ni comprendre la maladie et l’art de guérir (X, 145) ; il ne saurait voir dans l’herbe qui pousse la vertu que Dieu y a instillée, ni appliquer le remède qui convient. Les premiers médecins étaient effectivement des mages, avant que la médecine ne se fut insti­tuée comme école ; car c’est à partir de ce moment-là que les recettes ont pris le pas sur la lumière naturelle et l’ont obscurcie. Depuis le médecin agit en aveugle, se référant à une science livresque datant d’un autre temps. Il en va de même du faux- mage, de l’usurpateur qui n’agit pas dans la lumière naturelle et qui se réfère à des formules, à des recettes, à des rkes qu’il a appris ou surpris. Le vrai mage connaît et agit dans la lumière actuelle allumée en lui par la nature.

Tout ce qui vient d’être évoqué relève de l’ordre naturel. Le mage est puissant et efficace dans la mesure où il sait faire « concorder » en lui la force sidérale et sa propre complexion (Gemüt). Cette énigmatique relation, souvent évoquée par

Paracelse, n’est pas aisée à entendre ; car il ne s’agit jamais d’une rencontre avec quelque chose. L’invisible n’est pas de l’essence d’un visible dérobé à notre regard, il n’est pas substance et, par consé­quent, est inapte à devenir un vis-à-vis – et donc un objet de connaissance. Les termes variés, utilisés par Paracelse, définissent en fait un carrefour de multiples langages et sonorités où, quelque terme qu’on prenne, aucun ne donne prise sur ce qu’il y aurait à formuler. L’invisible est pure puissance, et la rencontre avec le Gemüt est proprement un avènement – phénomène rare qui est comme une invasion réussie. Le mage est un homme qui laisse- être en lui l’injonction de l’Astre, qui « nage selon », et, nageant selon, il est puissant. Nous aurons à y revenir à propos de la foi.

Il ne s’agit donc jamais de faire venir en vue pour un sujet la force qui fait la puissance du mage : elle est irreprésentable. L’art de la magie est, comme tous les arts, fondé sur une espèce de transitivité, de visitation. Le véritable « artiste » est pour ainsi dire devenu l’Astre même et jouit de la force de l’Astre. Malheureusement l’homme n’est en général pas ouvert à cette influence (in-fluo, couler dedans), crispé qu’il est, fermé qu’il est à l’accueil en lui de ce qui serait pourtant son authentique salut. D’où la rareté du véritable « artiste » en quelque domaine que ce soit (nous parlerions peut-être aujourd’hui de génie). Le terme de scientia est employé par Paracelse pour désigner la capacité de l’homme qui a su, en lui, laisser s’épanouir en harmonie avec sa propre complexion l’emprise de l’Astre.

Ce qui vient d’être dit concerne la magie naturelle, c’est- à-dire la magie qui se conçoit à partir de l’ordre de la nature – nature qui est elle-même une magicienne (maga, XII, 132, 462). Mais le vaste empire de l’invisible (objet de la Grande Astronomie) ne se limite pas à la création du Père. Le Fils a apporté une nou­velle lumière et a ouvert le champ de la connaissance et de l’ac­tion surnaturelles. Ce domaine, donné à ceux qui sont renés, n’est pas négateur de l’ordre naturel, même s’il lui est supérieur ; au contraire, il faut la lumière naturelle pour reconnaître la lumière de l’Esprit. Les deux lumières ne sont pas contraires, mais com­plémentaires.

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