Le mage, révélateur d’une philosophie de l’histoire implicite

> > Le mage, révélateur d’une philosophie de l’histoire implicite ; écrit le: 7 avril 2012 par telecharger

Les expressions « les premiers mages », « les premiers astronomes » résonnent comme le rappel d’un âge d’or. Ce disant Paracelse se réfère à un état mythique préexistant, passé, pour condamner un état présent jugé dégradé.

En fait l’argumentation de Paracelse repose sur la constatation de la rareté de l’acte magique authentique. Cet acte suppose, en effet, la complicité du mage avec la source de tout art, avec l’Astre.

Tout se passe comme si les produits de la civilisation empêchaient l’homme de connaître encore cette intime relation. Lorsque Paracelse dénonce ces effets néfastes, il utilise des expres­sions à connotation morale – c’est souvent un langage qui rap­pelle celui des prédicateurs. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : tandis que les prédicateurs voient dans les comportements licen­cieux des fautes et des péchés, des manquements à la loi instituée

par Dieu, chez Paracelse la connotation peccamineuse passe au second plan. Il voit moins la faute dans les conduites corrompues de ses concitoyens que leur effet sur la capacité de connaître : elles obscurcissent la lumière de la nature, elles empêchent l’homme d’être à sa vocation.

En effet, lorsque Paracelse parle des écoles, des livres écrits, des honneurs, des cérémonies, il voit dans la civilisation l’apparition progressive d’un écran qui non seulement empêche de voir, mais encore – et c’est plus grave – fait oublier la vocation elle-même. Cet oubli majeur lui paraît à ce point « sacrilège » qu’il ne cesse à longueur de pages de proférer condamnations, injures, invectives : contre les médecins qui confondent leur art avec les honneurs, contre les pasteurs qui se perdent en cérémo­nies et vaines prescriptions, contre les érudits qui s’attachent aux écrits des Anciens – toutes condamnations qui, mises bout à bout, constituent un immense écran (par rapport à la lumière) concomitant de la déchéance progressive de l’homme par rapport à sa vocation.

Dans cette philosophie implicite de l’histoire, le mage occupe une place particulière : il est pensé comme l’idéal-type de l’homme des débuts et de la fin. Les premiers mages réalisaient l’accord parfait de l’homme et de la nature, chez les païens ; puis entre l’homme, la nature et Dieu, après la venue du Christ. Mais plus l’homme se détourne de sa vocation et même oublie sa voca­tion, plus le mage, par sa rareté même, désigne la déchéance des temps présents. C’est la renovatio mundi à venir qui installera de nouveau l’homme dans sa plénitude : le mage est aussi à venir. Mais entre l’avant et l’après, Paracelse pousse un grand cri.

← Article précédent: De la Guérison des blessures par l’influence de la puissance céleste Article suivant: Une boîte qui bouge


Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles de tout le site