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Le mage céleste

Vous êtes ici : » » Le mage céleste ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

Le mage célesteLe royaume de l’invisible ne se réduit pas à la puissance du Gestim, c’est-à-dire à celle de la nature. Certes, Paracelse a décrit avec complaisance et bonheur le champ de l’activité natu- i elle. Mais il n’a jamais oublié la dimension surnaturelle de l’exis- n”iice : la puissance apportée par le Fils qui fait de l’homme un être rené, jouissant d’une participation à un ordre qui, sans nier l’ordre naturel, dépasse néanmoins celui-ci en dignité comme en pouvoir.

Les païens n’ont pas eu le privilège de vivre cette partici­pation. Ils agissaient en intelligence avec la seule puissance natu­relle ; les thaumaturges, les mages antérieurs à l’ère chrétienne, développaient leur art à partir d’une puissance mortelle ; le mage céleste, par contre, agit avec la force d’en haut : il est l’homme de l.i nouvelle naissance, et cette puissance-là n’est pas mortelle.



La force, dit Paracelse, vient toujours de la puissance à laquelle on appartient. Le mage céleste, parce qu’il est ouvert à l’invisible surnaturel, reçoit du Ciel (surnaturel) le pouvoir de connaître, d’interpréter et de faire ce qu’aucun sage selon l’an­cienne loi n’a eu en partage. Dieu a été merveilleux avec ses saints, ajoute Paracelse. Mais il l’est tout autant avec le mage qui, en l’occurrence, se confond avec le saint en tant que type d’homme accompli, bénéficiant de la plénitude des bienfaits de Dieu.

Le mage céleste ne méprise pourtant pas la nature ; car il agit par la nature dans le monde visible et s’y inscrit comme le mage naturel, tout en jouissant d’une lumière – la lumière de l’Esprit – qui dépasse la lumière naturelle sans la contrarier.

Paracelse fait remarquer de façon ironique que les mages sont devenus rares, voire rarissimes. En existe-t-il encore, se demande-t-il ? Y a-t-il encore des cœurs ouverts à l’influence céleste au point de se laisser envahir par elle pour accomplir ces actes étonnants par lesquels l’invisible devient manifeste à nos yeux de chair ? Ce serait l’épiphanie ! Toutefois Paracelse ne désespère pas de la renovatio mundi à venir. Alors pourra s’accomplir la vocation de l’homme (personnifiée à son plus haut point par le mage céleste) : rendre visible l’invisible. Dieu s’en réjouit, dit-il (XII, 291).

En attendant l’avènement du règne de Dieu et du retour du Christ sur terre, Paracelse nous décrit la magie céleste et les formes de sa manifestation, de la façon suivante :

« Pour bien entendre ce qu’est la magie céleste et toute son œuvre, sachez quelle comporte six espèces à partir desquelles on peut la comprendre en son ensemble.

La première espèce comprend l’interprétation des étoiles qui ne sont pas naturelles, comme l’étoile du Christ, ou d’autres étoiles qui sont les signes dont le Christ a dit : il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles… annonçant des détresses pour le peuple, la faim, la soif, Us tremblements de terre, la peste, etc. Tout cela découle de la parole du Christ et n’appartient pas à l’ordre de la nature ; ce n’est donc pas à interpréter de façon naturelle, mais de manière surnaturelle : cela relève du domaine céleste et par consé­quent, pour son intelligence, de l’Astronomie céleste. Celui qui sait dire que cette peste est naturelle, que telle autre découle de la malé­diction divine, celui-là est un mage céleste ; et, sans se référer à l’ordre naturel, il saura l’interpréter et dire que cette peste est un signe qui a rapport à la fin du monde ; cela veut dire que quelques centaines il années seront retranchées du nombre des ans pour lesquels le monde a été créé et pendant lesquels il doit durer. Car autant de fois qu’un signe ainsi annoncé par l’Evangile apparaît, autant de fois un nombre d’années est retranché de l’âge du monde.

Ensuite, pour ce qui est de l’autre espèce, la magie naturelle est à même de transformer une chose en une autre, le fer en cuivre, l”homme en loup, le saphir en diamant, etc. Mais celui qui est capable, avec la force divine, de se rendre invisible comme le Christ s”est rendu invisible ; ou qui sait se magnifier de la même manière que le Christ lorsqu’il a été transfiguré, celui-là maîtrise la seconde espèce de la magie céleste.

La troisième espèce consiste en ceci : être capable d’accomplir arec la puissance céleste ce qu’il est possible Pour cela, on doit simplement se creer un compte a Platinum Play ou l’un des autres casinos de Fortune Lounge et entrer dans cette large communaute. d’accomplir avec les moyens de la nature : de réaliser des caractères et des formules magiques. Celui qui sait prononcer des paroles telles que : « ramasse ion grabat et marche », ou « Lazare lève-toi », celui-là est un mage céleste selon la troisième espèce.

Pour ce qui est de la quatrième espèce : est un mage puissant celui qui sait tracer le signe Tau, ou d’autres signes, en vue d’écarter ter tains événements.

Relève de la cinquième espèce, celui qui sait faire parler un line — comme l’âne de Balaam — ou celui qui sait conférer à l”homme des pouvoirs liés à une naissance de nature divine, de sorte qu’instruit par Dieu, il soit à même de réaliser tout ce qu’il souhaite grâce à la puissance divine.

Et, pour ce qui est de la sixième espèce : il s”agit d’être capable de se faire entendre jusqu’au Ciel à partir de la terre ; de savoir se faire  reconnaître et entendre par Dieu ; et, inversement, d’être capable d’entendre sur terre la réponse donnée par Dieu.

C’est pourquoi il faut comprendre que ce que l’esprit naturel est capable d’effectuer grâce à la lumière de la nature, les mêmes actions peuvent être réalisées devant Dieu et par Dieu, selon les voies île de Dieu. La différence entre l’œuvre de la nature et l’œuvre céleste,

est que la nature agit par magie naturelle et que ce que les forces célestes accomplissent, en nous et par nous, est magie céleste – ce qui se fait selon l’ordre de la nature est naturel, ce qui se fait par Dieu est divin. C’est ainsi que se distinguent les deux domaines de la magie, la naturelle et la céleste – les deux émanant de la même source, comme cela est montré pour chacune dans la justification qui lui est consacrée — justification qui expose l’efficience et le fondement de chacune » (XII, 333-334).

Cet exposé sans originalité reproduit de façon servile le schéma de la présentation du champ de la magie naturelle.

Quant à la justification (cf. Texte II), elle manque égale­ment, nonobstant quelques notations nouvelles, d’inspiration. Il est vrai que le vocabulaire alors en usage — qu’il s’agisse de la théologie, de la prédication, de l’histoire sainte, etc. – ne permettait guère à Paracelse d’être, en ce chapitre, aussi original et novateur qu’il l’a été dans le domaine de la philosophie natu­relle où il a pu promouvoir un discours personnel et neuf.

Cette deuxième astronomie apporte pourtant une intelli­gibilité nouvelle de l’existence, différente de la sagesse naturelle. Voir dans la peste autre chose qu’un phénomène naturel, mais un signe surnaturel, renvoyant directement à la puissance et à l’in­tervention divines, confert à l’existence une lisibilité inattendue. Certes, le monde naturel foisonne aussi de signes, mais c’est en vue de la connaissance des forces qui habitent les êtres de la nature. La magie céleste introduit à une lecture d’un autre ordre : elle fait comprendre un phénomène non pas à partir des vertus éternellement distribuées dans le monde, mais comme l’effet d’une intervention divine – effet qui s’inscrit bien entendu dans le monde visible. Les actions spectaculaires de Moïse ne se situent pas hors du monde, mais interfèrent avec le cours de la nature ; c’est, en effet, par cette inscription intempestive dans un ordre des choses qui ne les attendait pas qu’elles sont précisément spectaculaires.

Cette deuxième astronomie ne peut par conséquent pas éviter le vocabulaire anthropomorphique et mythique dans son exposition. Dieu est puissant, bon, fidèle, etc. L’ancien Testament est riche de notations décrivant les relations et les tractations entre Dieu et les figures légendaires de la Bible. L’essentiel de la démonstration de Paracelse consiste à énumérer ces actes singu­liers rapportés par les Ecritures. Aussi cette « démonstration » demeure-t-elle particulièrement pauvre en regard de la justification de la magie naturelle. Une telle énumération relève plus de l’in­cantation que de la preuve.

Deux remarques méritent toutefois d’être reprises ; l’une concerne la nature du mage céleste, l’autre la foi de la nature.

Si tout homme est, par principe, appelé à devenir un mage naturel, il n’en va pas de même en ce qui concerne le mage céleste. Personne ne peut comprendre la puissance surnaturelle, dit Paracelse, « s’il n’est d’en haut ». (XII, 418). Ailleurs il écrit que la magie céleste ne peut être exercée que par le Christ ou des saints. Enfin, à la fin du texte présentant la magie céleste, Paracelse ajoute que le mage céleste doit être un homme susceptible non seule­ment de parler à Dieu, mais encore être capable d’entendre sa voix sur terre. Autant dire que le mage céleste est un homme hors du commun, non pas uniquement par la sagesse (qui peut être païen­ne), mais surtout par sa foi et sa rectitude d’homme rené. C’est à ce prix qu’il devient le canal de la puissance divine.

C’est la foi qui fait le mage de la nouvelle Alliance. La mise en scène de la foi revêt ici une importance nouvelle, car l’aracelse imprime à cette notion – que nous allons retrouver, magnifiée, dans la troisième astronomie – des connotations inat­tendues. La foi est d’abord adhésion entière et sans condition à la parole de Dieu, à l’instar d’Abraham : que ce soit ainsi et non .lutrement ! Entre le mage et la parole ne s’insinue ni doute, ni distance. Lucifer a scindé l’unité qui le liait à Dieu dans la contemplation — il a manqué de foi. Le mage vit la parole de

Dieu dans une évidence pleine, et telle qu’aucune ombre n’est à même de s’y glisser.

L’autre remarque concerne « la foi de la nature ». Le figuier, dit Paracelse, s’est desséché instantanément parce qu’il a eu foi dans le commandement. C’est une notion inattendue, appelée à rendre compte de la façon dont l’injonction divine est efficace dans le monde visible – donc dans la nature – et cela infailliblement. On pourrait en effet imaginer que la nature, dans son autonomie, constitue un obstacle à la transitivité de l’action divine. Ce pour­rait être le cas pour une nature conçue comme un ensemble régi par des lois universelles et immuables – ce qui serait une concep­tion moderne. Ce n’est pas le cas de la nature pour Paracelse. Elle est là, toujours sur le point de naître (natura), toujours sur le point de surprendre : pour elle tout est possible ; aucun a priori issu de la représentation ne vient lui imposer des limites. N’est-elle pas en elle-même – ontologiquement – adhésion pleine aux forces qui de toute éternité l’habitent et la traversent et adhésion entière à l’injonction originaire que Dieu lui a intimé en la créant.

Il n’y a donc pas contradiction entre le cours naturel des choses et l’intervention divine, mais concours de deux instances qui ont même origine : Dieu. Dire que la nature a foi dans le commandement, c’est dire que le commandement est autopro­ducteur d’effet étant donné que le monde lui-même est issu, directement, de la parole : fiat mundus et mundus fit. Le monde ne procède pas d’une émanation ou d’une série de processions, mais directement de Dieu. C’est cette immédiateté qui est para- celsienne. La nature a foi, c’est qu’elle est, sans distance, suspen­due au verbe créateur.

Agir pour Paracelse, c’est être déterminé et faire. Le mal c’est l’hésitation, c’est-à-dire l’insinuation de la distance, de la réflexion, de la non-adhésion. Il conviendrait de démonter cette dialectique interne à la pensée de Paracelse, et montrer comment la nature, cachée à elle-même, cherche à gagner une lumière sur elle-même, et comment elle y parvient en l’homme ; et manifester i (miment en l’homme – qui est aussi de la nature – elle y devient représentation d’elle-même, ou, au contraire, adhésion sans dis­lance, via l’imaginaire, au mouvement qui monte des profondeurs d’elle-même. Cette autre foi est l’objet de la troisième astronomie.

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