La sorcellerie au village

> > > La sorcellerie au village ; écrit le: 16 avril 2012 par telecharger

Pouvoirs complémentaires ou concurrence ?

Au village, curé, guérisseur et sorcier essaient de remédier aux difficultés de tous, chacun à leur manière. Mais quelles différences réelles entre guérisseur et sorcier ? Pouvoir de vie, pouvoir de mort, action au nom du bien ou du mal, présence ou absence de morale ? Critères bien réducteurs. En réalité, les choses sont confuses, car nul n’est tout blanc ou tout noir dans l’esprit villageois. La meilleure preuve : même le curé est suspecté de sorcellerie ! Le guérisseur, panseur de douleur, douleur physique le plus souvent, lutte essentiellement contre les maladies. Le sorcier est panseur de douleur, douleur psychologique. Il agit sur l’esprit. Quant au curé, si son domaine s’attache à l’âme, il intervient également dans la conjuration des orages avec sa « corde à virer le vent ». Pour beaucoup, ces pouvoirs se conjuguent : qui peut guérir peut maudire, qui peut bénir peut guérir et qui peut bénir peut maudire ! L’emploi de secrets, de signes tel celui de la croix, du transfert sur une autre victime est attesté aussi rien chez le sorcier que chez le guérisseur. Les raroles et gestuelles thérapeutiques. les oraisons se ressentent et se mélangent pour former un vaste réservoir de connaissances naturelles et surnaturelles. Toutes les circonstances de la vie sont soumises à l’intervention des forces maléfiques ; tous les jours, de la naissance à la mort le diable et le sorcier font leurs efforts. Dans les maisons, le crucifix, l’image ce la Vierge Marie ont place d’honneur pour l’amour de Dieu, I’amour de soi, de ses enfants et de ses bêtes. Dans la pièce principale, la boite à sel est pleine et dans le buffet des œufs du Vendredi Saint sont conservés en prévision de malheurs à venir. Sur les portes, des chouettes écartelées, des bouquets d’herbes protectrices, de buis, de houx, d’aubépine et d’ail protègent des mauvais sorts. Des couronnes tressées avec des fleurs de la Saint -Jean sont attachées devant l’entrée. En Haute Saône, les villageois tracent une croix à la chaux sur le sol à la fin des travaux de leur nouvelle demeure. En Alsace, on porte sur soi un talisman composé d’un bulbe de glaïeul dit « cuirasse contre les traits empoisonnés du malin » dans la Flore d’Alsace de 1857 de Kirschleger ; en Bourgogne, à Beurizot, c’est un caillou blanc et rouge ou une patte de grenouille séchée. Les premiers communiants pénètrent dans l’église couronnés d’ajonc, plante bénéfique. Dans un petit village de la Dordogne, à Paulin, les habitants entravent la porte du four à pain communal avec un bâton, pour éviter que le jeteur de sorts ne fasse brûler le pain. A la vue de ces signes prophylactiques, sacramentaux ou païens, le sorcier n’ose pénétrer ou lancer un mauvais regard. Religion et superstition se côtoient sans problème et renforcent leurs effets. A chaque étape de la vie, les villageois ont inventé et fait correspondre des rituels précis et mystérieux pour conjurer le mauvais sort et assurer le bonheur ; la permanence de ces pratiques se justifie par leur besoin chronique et par la suspicion envers d’autres méthodes. Les villageois se tournent vers ce qu’ils connaissent et ce qui fonctionne, du moins le croient-ils, s’appuyant sur l’idée que les pratiques de leurs ancêtres sont bonnes. Ceci explique la grande réticence des villageois envers les médecins, qui luttent contre les méthodes empiriques, déclarées illégales et dangereuses. En 1885, un guérisseur de Touraine provoque la mort d’un malade par asphyxie en l’entourant de lierre de chêne préalablement chauffé dans un four. Les sorciers, les guérisseurs et le curé ont la préférence et dans l’Orne, ceux qui consultent le médecin n’oublient pas de passer à l’église pour plonger une pintade dans le bénitier afin d’obtenir la rémission du mal. Médecins et empiriques ne font pas bon ménage.

Les progrès scientifiques et médicaux font décliner les images et pratiques de sorcellerie. Cette thèse s’illustre parfaitement par la croyance aux champs maudits, disparue grâce aux travaux de Pasteur. Au siècle dernier, les paysans appellent ainsi des terrains —arqués par des épidémies animales mortelles dues au charbon. une bête meurt, on l’enterre sur çûace, le troupeau suit et l’on cherche parmi les sorciers de la region, le responsable du mauvais sort. En 1876, Pasteur découvre la manière de transmission de ce mal invente le vaccin. La notion de champs maudits ne disparaît pas eu jour au lendemain ; la propulser. De l’autre côté du miroir nécessite une évolution mentale, l’acceptaion du progrès et celle de couper des liens avec les générations intérieures dont sont issues ces croyances.


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