L’action magique

> > L’action magique ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

La magie a été évoquée jusqu’ici avant tout dans sa fonction révélatrice, comme connaissance des choses à partir de leur sol fondateur et secret. Il convient de l’envisager aussi dans sa capacité d’intervention dans le monde visible, dans son action sur les choses et sur les hommes. Agir magiquement, c’est agir sans détour par l’invisible nature – produire des effets physiques sans moyens physiques ! C’est l’inverse de l’intervention besogneuse qui, avec effort, a recours à l’équerre, à la truelle ou au rabot pour opérer. Voilà ce dont étaient capables les mages !

Si le mage tire sa force de l’Astre, ce n’est pourtant pas n’importe comment. La magie est un art ; elle suppose donc un savoir-faire, un savoir-opérer. Cet art relève toutefois autant de l’éthique que de la technique. C’est plus une question de disposition

le mage n’agit pas en tant que sujet (nous sommes un siècle avant que ne s’affirment les philosophies du sujet) ayant souci de son intérêt, animé par une volonté de puissance ; au contraire, il se tient pour ainsi dire dehors, au sein d’une puissance englobante, à l’écoute de ce qui est là sur le point de naître et de se produire. Il n’y a pas d’action magique sans cette foncière disponibilité qui est en même temps liberté. Qu’est la liberté sinon l’entier déta­chement de l’égocentricité pour être tout ouvert à l’Astre ? Pour devenir l’Astre même.

Paracelse parle à ce propos de l’amour de l’Astre. Il ne s’agit pas de sentiments, mais d’une relation réciproque de res­pect et de don (Hingabe) ; une relation qui suppose une profon­de parenté ! L’homme n’est-il pas parent de l’Astre ? Certes, la plupart du temps il est distrait, et ne vit plus cette parenté ; il est comme étranger à l’Astre : le médecin qui applique des recettes apprises à l’école online casino nbso des hommes n’est pas le complice de l’invisible qui est actif dans le malade qu’il soigne, et, casino online n’en étant plus complice, il administre des remèdes de l’extérieur : il n’agit pas.

Par contre, lorsque cette donation (Hingabe) est entière, le mage est puissant ; son action et celle de l’Astre se confondent : il peut déplacer les montagnes (une expression biblique qui ne quitte pas l’esprit de Paracelse), peut transformer une chose en une autre comme fit Moïse lorsqu’il changea un bâton en ser­pent, etc. Uni de cette façon à l’Astre le mage peut même, par effet de réciprocité, agir sur l’Astre lui-même (XII, 129) — encore que cette action relève plutôt du mage selon la troisième figure de l”Astronomia magna (qui a trait aux pouvoirs de la foi).

L’ingénieur moderne qui manipule la nature n’écoute plus cette dernière ; il la violente plutôt et la transforme en pur vis-à- vis indéfiniment modelable. Son approche est par conséquent fort différente de celle du mage. Descartes a fait la guerre aux forces occultes : tout est pensable et calculable dans la nature selon largeurs, longueurs, profondeurs et mouvements. Tout est donc transparent ; il n’y a plus ni mystère, ni secret.

La magie, par contre, suppose le secret. Comment l”en­tendre ? Cela n’a rien à voir avec l’occultisme. En effet, le mage ne peut livrer son secret ; le ferait-il, il ne livrerait que la lettre, non l’esprit. Par rapport à sa vocation ce serait sacrilège. Lui, familier des mystères de la nature, comment pourrait-il faire par- lager cette intimité ontologique avec ceux qui sont seulement curieux, ou envieux ? Les sociétés secrètes, comme il en existe aujourd’hui, sont juste le contraire de la magie. On ne peut dévoiler de secret qu’à ceux qui en sont dignes et qui savent en payer le prix. Ce prix c’est l’ascèse, la patience, l’humilité. L’initié seul a un rapport authentique au secret ; l’ingénieur non. En effet, il n’y a de secret que là où existe une expérience qui ne doit ou ne peut être divulguée ; c’est le cas ici, puisque précisément la parole fait défaut pour dire ce qu’il y aurait à dire. De ce fait le mage est un homme seul, car la communication banale lui est refusée.

Quoi qu’un homme privilégié, le mage est, en même temps, un homme humble (terme qui revient dans le texte de la probatio). Qu’est-ce que l’humilité s’agissant du mage, homme pourtant puissant ? Il est puissant, mais sage. L’homme humble sait qu’il ne peut agir qu’en harmonie, qu’en accord profond avec l’Astre. L’ingénieur n’est pas humble ; il n’a nul besoin d’attendre quelque concordance avec l’Astre : il projette, décide, calcule, exécute ; il intervient quand il veut. Le mage, par contre, dans la patience et le silence, est à l’affut du moment favorable. Alors il agit, alors il est puissant. Sa puissance n’est toutefois pas à entendre en un sens mondain ; le mage se retire du monde et des mondanités, non pas pour fuir le monde, au contraire ; mais absorbé par l’attention à l’invisible nature, les oreilles grandes ouvertes, il n’entend plus rien, dit Paracelse.

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