Justification de la magie céleste

> > Justification de la magie céleste ; écrit le: 7 avril 2012 par telecharger

Concernant cette question, il convient en premier lieu de savoir comment opère la magie céleste. Sachez que son efficience découle de la puissance divine. Remarquez, ensui­te, que lorsque Moïse s’est trouvé aux prises avec ses contra­dicteurs malveillants, ceux-ci se sont montrés capables de produire les mêmes prodiges que Moïse lui-même. Il est donc utile de rappeler qu’il existe différentes espèces de mages : les mages de la nature (dont il a été question), les mages célestes (dont fut Moïse), les mages de la foi (ceux qui opèrent et guérissent par la foi), et, enfin, les mages infernaux (c’est-à-dire les malefici, que j’ai évoqués à propos de Moïse). Je ne veux justifier ici que la magie de Moïse, la magie de ceux qui sont des mages célestes.

La magie céleste n’est pas un art ; elle est l’effet de la puissance divine. Lorsque le mage céleste dit : je vais faire ceci – au moment où il le dit c’est déjà fait ! Cela est facile à entendre ; en effet, ce que Dieu veut, cela se fait instanta­nément. Mais cela dépend aussi de la foi du mage, et de l’absence de doute dans la foi – à l’exemple d’Abraham : faire ce que Dieu nous demande de faire et y adhérer entièrement, que ce soit ainsi et non autrement. Ce qui s’ac­complit ainsi, en conformité totale avec la volonté de Dieu, dans la foi, est opération magique. Lorsque les enfants d’Israël ont traversé la mer avec les pieds secs, cela s’est fait dans et par la foi qu’ils ont placée dans la parole de Dieu. Pharaon n’a pas bénéficié de cette puissance magique, c’est pourquoi il s’est noyé avec tous les siens. Que la toison de Gédéon ait pu se trouver mouillée à même le sol, alors que celui-ci demeurait sec, est également un acte magique ; Gédéon eut foi en Dieu et crut que ce que Dieu ordon­nait se ferait immanquablement. Que Jonas ait pu se retrouver sain et sauf dans le ventre de la baleine, est égale­ment un effet de la magie céleste.

La magie céleste se justifie donc ainsi : en elle s’ac­complit la volonté de Dieu par le moyen de la foi. Qu’est-ce qui pourrait contrarier la foi si la volonté de Dieu y est présente et que par cette volonté la foi se trouve affermie et renforcée dans sa force et son office ? Elisée fut un tel mage lorsqu’il fit surgir des ours qui dévorèrent les enfants qui se sont moqués de lui ; c’est grâce à la foi qu’il avait en Dieu que, contrairement à toute prévision naturelle, surgirent des ours qui déchirèrent les enfants. Beaucoup d’événements spectaculaires de l’Ancien Testament sont ainsi à mettre au compte de la magie céleste ; beaucoup de guerres et presque tous les miracles se sont produits de cette façon-là – comme l’attestent les faits relatés dans l’Ancien Testament. Mais il y eut aussi des miracles dans le Nouveau Testament, même encore du temps des chrétiens. Nous avons l’exemple des mages venus de l’Orient, de Saba et de Tarsis. L’Ecriture rap­porte qu’ils sont venus de trois pays différents, et non pas d’une contrée unique, mais de trois îles ; l’on peut présumer qu’une foule curieuse les a suivis dans cette marche magique. Ce n’est donc pas uniquement par ces hommes, mais par toute cette foule, que fut posée à Hérode la question de savoir où se trouvait celui qui est né pour devenir le roi des Juifs. Car les mages n’ont pas suivi l’Etoile grâce à leur intel­ligence naturelle, mais suite à l’injonction divine en laquelle ils ont eu foi et grâce à laquelle ils se sont mis à la recherche de l’enfant ; qu’ils ont chevauché, cheminé, voyagé de façon magique – sans qu’on puisse apprendre davantage, de façon plus précise, à ce sujet ; la magie seule a été leur guide et leur compagnon, avec l’aide de Dieu.

Ce fut également un acte magique lorsque le Christ a maudit le figuier : il y eut le commandement du Christ, la nature a eu foi en ce commandement, et le figuier s’est desséché. En effet, si Dieu s’adresse à la nature et dit : mon­tagne, jette-toi dans la mer ! alors la montagne a foi en cette parole, elle sait qu’elle doit quitter ses fondations ; et c’est ainsi qu’elle se trouve déplacée de son site et précipitée dans la mer. La nature a foi en son créateur. C’est une foi natu­relle au service du créateur ; et l’homme terrestre, qui ne participe pas à la nouvelle naissance, croit pareillement en Dieu et à sa toute-puissance ; il sait que si Dieu dit : meurs, il meurt ; il sait aussi que si Dieu lui commande de faire ceci ou cela, il est obligé de le faire. Cette foi est identique à celle

du figuier ; c’est une foi sans amour, sans espérance, sans œuvres – une foi que partagent les pierres. Lorsque Dieu a dit : cescite et multiplicamini, la chair a eu foi en sa parole, et la chair accomplit le commandement sans se mettre en quête d’une foi plus parfaite ; elle demeure dans la foi de la nature, non dans la foi de la béatitude. Lorsque Dieu a arrêté le soleil à Gébéon, du temps de Josué, ce fut un événement magique, car Dieu fit une injonction au soleil et le soleil eut foi en sa parole et il s’est arrêté. C’est la foi de la lumière naturelle, qui est aussi celle de l’homme terrestre.

Ce n’est pas cette magie qu’il convient de rechercher, mais celle de la nouvelle magie céleste : l’ancienne magie est parvenue à son terme, elle a pris fin avec le Christ et Jean- Baptiste. A présent il faut se tourner vers cette nouvelle magie qui va durer de l’avènement du Christ jusqu’au jour du Jugement. La magie céleste est, depuis le Nouveau Testament, magia beata et ce qui se fait par cette magia nova procure la béatitude.

Lorsque le Christ guérissait, il disait : ta foi t’a sauvé, va et… Il faut remarquer que ces guérisons ne concernent pas uniquement le corps, et l’état du corps ; elles concer­nent aussi l’âme. La magie céleste a été donnée aux apôtres ; et, après l’ascension du Christ, à beaucoup d’autres hommes, saints et pieux, par le truchement desquels Dieu a laissé se manifester de façon merveilleuse la magie céleste. Ainsi Samuel qui a marché sur l’eau sans se mouiller les pieds — ce qui ne fut pas le cas de ses compagnons qui conti­nuèrent la traversée en sa barque ; ou d’autres qui, par des incantations, ont imprimé des stigmates à leurs ennemis, marques qui se sont maintenues aussi longtemps que dura leur génération. Des générations entières ont de la sorte subi un mauvais sort par effet magique, sort qui leur est resté attaché tant que le sang coula en leurs veines. Nombre de tels miracles ont eu lieu par effet de la magie céleste, et ont encore lieu à présent dans la mesure où, comme au pre­mier jour, Dieu dispose d’hommes saints et bienheureux. Car Dieu est sans fin en ses œuvres, et sans fin en ses saints ; il agit sans discontinu et agit à travers des hommes et des femmes, à travers des vieux et des jeunes, selon diverses voies et de différentes manières.

Il faut savoir que la magie céleste se réalise aussi à tra­vers les défunts ; des monuments et des tombeaux peuvent ainsi produire des effets magiques – par suite de la nature immortelle des saints. Ce n’est évidemment pas leur reste terrestre qui a cette efficience, car il appartient à la terre. Mais comme la résurrection se fera le même jour pour tous les hommes, les saints ne sont pas séparés de nous, et peu­vent donc agir comme ils le faisaient de leur vivant – c’est- à-dire ils peuvent intervenir dans le monde de l’éphémère. Certes, il y a une différence dans l’intervention des saints, entre ceux qui jouissent encore de leur vie terrestre et ceux qui ont quitté leur enveloppe mortelle ; de leur vivant ils n’ont pas une aussi claire intelligence des personnes qu’ils veulent secourir qu’après leur mort ; il est vrai que, dans leur candeur, il leur arrive de leur prodiguer plus de bontés de leur vivant ; toutefois, séparés de leur corps visible, ils sont mieux à même de jauger le cœur des hommes et d’ap­précier mieux s’il y a lieu d’intervenir ou pas. Si c’est oppor­tun d’intervenir cela se fait, sinon cela n’a pas lieu. Le saint n’a pas, en effet, cette connaissance au moment de sa vie terrestre ; c’est pourquoi il y fait beaucoup de choses qu’il ne ferait pas s’il disposait d’une meilleure connaissance.

Notons aussi que par effet de la magie céleste des saints sont demeurés invulnérables pendant leur vie terrestre, dans le feu, dans l’huile bouillante, ou en d’autres tortures ; cela témoigne du fait que l’homme qui plaît à Dieu jouit d’une

vie plus longue que dans le cas contraire ; Dieu le maintient en vie plus longtemps et l’empêche de mourir au moment où il est menacé par l’ennemi terrestre. Il meurt uniquement lorsque Dieu le veut, non pas de la façon voulue par l’hom­me, mais de la manière que Dieu veut. Mais lorsque quel­qu’un se trouve subitement dans la main d’un adversaire et soumis à son bon vouloir, cela n’est pas précisément un bon signe, ni ne témoigne d’une bonne intelligence de la part de la victime. Car Dieu prend soin de ses saints et leur évite bien des contrariétés. C’est pourquoi il convient de tenir compte de la présence ou de l’absence de tels signes.

Nous devons par conséquent nous appliquer à tenir la magie céleste en honneur ; car s’il nous arrivait de la mépriser, nous nous priverions d’une grande grâce de Dieu ; nous serions alors aussi aveugles que le furent les Juifs qui, nonobstant la connaissance qu’ils avaient des paroles et des œuvres du Christ, se sont néanmoins moqués de lui ; c’est pourquoi une malédiction éternelle pèse sur eux. Et il en va de même pour tous les autres aveugles à qui Dieu n’a pas donné l’intelligence de reconnaître ses saints, et qui n’ont pas reçu de Dieu, comme ses saints, le don de le connaître et qui ne comprennent, ni ne contem­plent ses œuvres. C’est pourquoi nous devons reconnaître pleinement la magie céleste et toujours la garder présente en notre esprit ; alors nous serons attentifs quotidiennement aux interventions de Dieu, tels que les tremblements de terre, les déluges, et autres phénomènes – qui sont des signes magiques. Car de la magie céleste naissent de plus grandes œuvres que celles que la nature est à même d’ac­complir. Chaque fois qu’un tel signe se produit, il s’ensuit un malheur qu’aucun astronome n’explique, ni ne peut expliquer, à partir de la lumière de la nature ; il ne le peut que s’il est éclairé par la puissance céleste.

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