Astrologie arabe

Vous êtes ici : » » Astrologie arabe ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

Science des «jugements des étoiles» (ahkâm al-nudjûm), l’astrologie arabe fait partie des « science l”invisible» (‘âlam al-ghayb). Distincte de l’astronomie, « science des orbes » ou des « structures » (7/m al-fa- lak ou al-hay’a), elle lui est intimement liée dans les œuvres des mêmes savants. Comme elle, elle présente un essor extrêmement précoce et brillant pendant la première période abbasside, lié au développement du pouvoir et de la cour, et à la traduction des ouvrages grecs par la volonté califienne. Comme l’astronomie encore, elle réunit des savants différents par religion et culture d’origine, mais qui écrivent en arabe, le Juif Mâshâ’allâh b. Atharî de Basra, av. 815, les Persans Umar b. al-Farrukhân al-Tabarî et Abu Ma’shar* al-Balkhî de Bactres (Albumasar), l’encyclopédiste sabéen* Thâbit b. Qurra de Harrân (m. en 901), et encore Sahl b. Bishr (en latin, Zael), disciple de Mâshâ’allâh, AIT Ahmad alImrânî de Mossoul (Haly Imrani), m. en 955. La légitimité de l’astrologie est enfin assurée par l’Arabe Al-Kindî (801-866), le «philosophe des Arabes», dont le Livre des Rayons (De radiis) établit rationnellement l’influence des corps célestes par l’intermédiaire des radiations qu’ils émettent; opticien, il établit également la propagation rectiligne de la lumière et donne une interprétation active, émissionniste, de la vision comme feu visuel, dans le cadre d’une métaphysique émanationniste inspirée de Plotin. Le rayon émis par l’œil éclaire l’objet céleste et revient à lui chargé des forces qu’il a captées.

L’astrologie a pour fondement le Qua- dripartitum (Tetrabiblos) attribué à Ptolémée* et se divise en deux disciplines : l’astrologie naturelle envisage les influences des astres sur les éléments, et l’astrologie judiciaire l’attraction qu’ils exercent sur les hommes. Elle est le point de confluence de techniques d’observation et de traditions d’interprétation qui remontent, par les relais romains (Vettius Valens, astrologue des Antonins, traduit en pehlvi), grecs (Teukros) et persans, aux astronomes babyloniens et égyptiens, à travers l’œuvre du médecin chrétien Qustâ b. Lûqâ de Ba‘lbek, en particulier (m. en 912-913). Son caractère semi-occulte et le danger que présentent pour le client comme pour l’astrologue les propositions d’action de ce dernier font qu’elle multiplie les garants prétendus, comme Hermès* et Zoroastre, et les précau­tions sur le caractère «naturel» des opérations magiques qu’elle permet, sans invocation d’esprits mauvais. Un grand nombre d’écrits apocryphes circulent, généralement attribués au mage par excellence, Balînûs (Apollonius de Tyane*), et à Ptolémée : Livre de Vénus, Des images, Livre du Soleil, Secrets de la Nature (Sirr al-khalîqa).

L’astrologie naturelle comprend principalement la science des mansions (ma- nazîl al-qamar) : elles sont vingt-huit de treize ou quatorze jours. Ce sont des groupes d’étoiles fixes voisins de l’écliptique, compagnons de la Lune pendant le mois lunaire, comme les Pléiades,Leurs levers héliaques et leurs couchers chers acronymes déterminent des périodes (anwâ’, en latin anohe): elle permet de déceler les signes de la pluie cl des tempêtes, objets d’un ouvrage d’AI- Kindî, De pluviis, qui sera le premier ouvrage d’astronomie imprimé (Venise,! 1507) et d’une étude d’Abû Ma’shar,: Elle se déploie ainsi dans le calendrier* de Cordoue compilé en 960 par le médecin Arib b. Sa”îd et par l’évêque moza­rabe Recemundo (Rabî b. Zayd), à par­tir d’un savoir vaste et précis d’origine arabe, indienne (le Sindhind) et ira­nienne (le Zîdj). Mais elle débouche; aussi sur la divination*, art que son attribution au prophète Daniel légitime,] Cette astrologie naturelle fait également partie de la capacité de prédire, fatidique et sibylline, mais aussi apocalyptique, djafr, qu’on attribue aux imams du chiisme. Sous l’autorité du sixième imam, Ja’far al-Sâdiq, elle vise à calculer le temps de l’arrivée du Mahdî. Plusieurs «apocalypses de Daniel» circulent ainsi au VIIIe s. Elle se combine avec des spéculations numériques sur les lettres de l’alphabet et la divination

Partir des noms, avec la géomancie, qui trace au sol des figures géométriques.

 L’astrologie judiciaire comprend plusieurs disciplines : la science des présages généthliaques se fonde sur la : conjonction des astres à la naissance tes grands personnages ou au moment Dr – fondation d’une ville ou d’une dy- nastie. L’astronome juif Mâshâ’allâh, fondateur de l’école de la capitale des abbassides et auteur des Nativités (De nativitatibus), tire ainsi l’horoscope* rétrospectif de Bagdad de concert avec l’astronome persan Nawbakht et ‘Umar : b alfarrukhân. L’hémérologie et la ménologie classent les jours et les mois selon calendrier du faste (sa‘d) et du néfaste (nahs)\ on reprend la tradition des jours crétois. Les cycles planétaires permettent de calculer les années puissantes des planètes, leur seigneurie sur innées, les décennies, les siècles et les Millénaires.



L’utilité pratique de ces disciplines leur Rire une place de choix à la cour califale suit le modèle persan des Sassanides. Comme science des talismans* apotélesmatique), art de prévoyance politique et science de l’action. De nom breux auteurs étudient les «nativités» mowalïl), c.-à-d. dressent les tables nécessaires aux horoscopes : après Mâs- alâh, qui fait les horoscopes des califes abbassides, ce sont Abu ‘AIT al- fesvyât (m. av. 835) et Abû Bakr Hasan b al-khasîb (Abubacer, trad. par Salio, chanoine de Padoue en 1218). D’autres n -Tilt leur attention aux «conjonction »(qirânât) – Mâshâ’allâh, Abû Ma’shar Dar Abd al-Àzîz al-Qâbisî de Mossoul alcabitius, Xe s.) Qui dédie son manuel s. Hamdânide Sayf al-Dawla, maître d’alep et qui sera commenté par Cecco : d’ascoli au début du XIVe s. Selon l’héritage zoroastrien en effet la conjonction saturne et de Jupiter, qui se produit nus les vingt ans, combinée avec la triplicité (les quatre éléments dominants les trios de signes du zodiaque*), détermine en effet un cycle de deux cent quarante ans (changement de triplicité lié au rangement de dynastie) et un cycle de neuf cent soixante ans (retour à la première triplicité et apparition d’un prophète nouveau). On voit la dimension religieuse, politique et eschatologique que prend l’astrologie. Mâshâ’allâh calcule un cycle de douze millénaires, de 8291 avant l’ère commune à 3709 ; il annonce pour 815 un changement de pouvoir et le triomphe des Persans. L’astrologie politique fascine les premières générations abbassides et fournit des arguments aux dissidents. À la fin du IXe s, elle donnera des armes aux militants chiites ismaéliens, en particulier aux Qarmates qui voient dans la grande conjonction Saturne-Jupiter de 928 la fin de l’Islam et le début de l’ère nouvelle. La conjonction des planètes maléfiques, Saturne et Mars, est attendue comme signe d’une grande révolution.

La pratique quotidienne est la recherche des jours et des temps favorables à l’action: ce sont les «élections» (ikh- tiyârât), illustrées par Al-‘Imrânî et par Al-Isrâ’ilî, astronome du calife fatimide Hâkim et auteur des Aphorismes d’Al- mansor. Plus rare est la recherche des talismans* (les Prestiges de Thâbit b. Qurra) et des images astrologiques (De imaginibus astronomicis du même Thâbit). D’autres étudient encore la géomancie (Alfarinus, Liber areralis”) et l’as-trologie judiciaire qui prépare les cures médicales (pseudo-Hippocrate, De medicorum astrologià).

L’astrologie est en connexion étroite avec la magie savante «naturelle», en particulier celle qui construit les talismans à partir des images des sept planètes avec les matériaux liés aux corps astraux: les sept métaux* correspondent en effet aux planètes, et les pierres* magiques sont les relais des influences astrales. La pénétration de la culture « hermétique » unit autour de la figure d’Hermès* – le mage qui révèle les secrets de la nature, confondu avec Hénoch et avec le prophète Idris, cité dans le Coran -, une cosmologie synthétique, l’empirisme scientifique des observateurs et une théodicée de l’ascèse et de conjuration qui permet d’atteindre un Dieu ineffable. Le monde est conçu comme parfaitement unitaire. L’angélologie* fournit les principes du mouvement des astres: des anges* sont affectés aux saisons, d’autres aux sphères célestes dont ils sont les gardiens, d’autres enfin aux planètes qu’ils meuvent. Une liaison étroite s’établit donc, à la fin du VIII s. entre les théories astronomiques, les spéculations astrologiques et la grande vague synthétique

Néoplatonicienne qui débouche dans le champ religieux et politique. Le chiisme ismaélien construit, dans l’Encyclopédie Rasâ’il) des Frères de la Pureté, un système online casino canada du monde qui unit cosmogonie, cosmologie et révélation divine, et s’ordonne sur le nombre 7: 7 planètes, cycles prophétiques de la Révélation, 7 _imams par cycle, 7 degrés d’initiation ; savante et religieuse. L’astrologie devient une discipline essentielle pour comprendre un cosmos intégralement spiritualisé et mû par des essences sur lesquelles l’homme a prise et qu’il utilise comme degrés de son ascension spirituelle vers l’Un divin. Les cycles astrologiques sont autant d’étapes dans la libération des âmes, l’astrologie arabe gagne en ésotérisme au XIe s., quand un compilateur place sous le nom de l’astronome de cour Abu Maslama al-Madjrîtî, de Madrid (m. en 1007 à Cordoue) le Ghâyat al-hakîm, traduit sous le nom de Picatrix, qui : -mbine astrologie et alchimie*. L’astrologie se décentralise en effet, comme tous les mouvements culturels, en créant des foyers très actifs dans les cours des nouvelles dynasties d’un monde musulman éclaté: Abû’l-Hasan b. Abî Ridjal, astronome des Zîrides d”Afrique du Nord, m. apr. 1035, écrit ainsi le Livre accompli des jugements des étoiles (Kitâb al-Bâri‘).

Au XIIe s, l’astrologie arabe inspire les œuvres hébraïques d’Abraham b. Ezra 1092-1167) et le calcul astrologique d”Abraham bar Hiyya Savasorda. Ce dernier annonce une conjonction exceptionnelle pour les 15 et 16 septembre 1186. Cette transmission naturelle, sans rupture linguistique, se prolonge par les traductions des Tibbonides et de Salomon Davin de Rodez, qui traduit Ibn Abî Ridjal en hébreu, à destination des juifs de Provence qui ignorent l’arabe. La transmission de l’astrologie arabe dans l’Occident latin passe par plusieurs mouvements de traduction. Le premier se dessine à Barcelone v. 980, à l’époque de Gerbert d’Aurillac ; Lupitus (Llobet) traduit un traité d’astrologie. Puis vient l’école organisée en nébuleuse autour de l’archevêché de Tolède, qui fournit les prébendes canoniales et assume l’essentiel des traductions du XIII s. destinées au public universitaire, à but scientifique. Le XIII s.

Voit enfin les astronomes-astrologues des cours princières, celle du pape comme celle de l’empereur, prendre le relais. Adélard de Bath, Normand d’Angleterre formé en Sicile, traduit les Talismans (Prestigia) de Thâbit, ouvrant la voie à la fabrication d’images astrales et zodiacales chargées de puissance, Ylsagoge d’Albumasar, et le Centiloquium (cent aphorismes astrologiques et médicaux) ; il tire une part des nombreux horoscopes qui scandent l’histoire anglaise à l’époque de l’anarchie, en 1123,1131, 1135 et 1151. À Barcelone, en 1134-1138, Platon de Tivoli traduit les Élections de ‘AIÎ b. Ridwân, les Nativités d’Abû ‘Alî al-Khayyât (Albohali, élève de Mâshâ’allâh) et le Quadripartitum. À Tarazona, Hugues de Santalla interprète les Nativités de Mâshâ’allâh. À Tolède, enfin, Robert de Ketton transpose en latin les Jugements d’Al-Kindî, et Hermann de Carinthie, néo-platonicien et élève de Thierry de Chartres, les Fatidiques, les Pronostics, le sixième livre sur les Révolutions de Sahl (Zael) et YIntroductorius major d’Albumasar. Jean de Séville traduit Les Grandes Conjonctions d’Abû Ma’shar sur les dynasties et Mâshâ’allâh. Dans le courant des traductions, les grands intellectuels de l’école tolédane composent aussi des manuels, Isagoge in astrologiam de Jean de Séville (1142), Essences (De essentiis) d’Hermann de Carinthie et un traité de géomancie* de Gérard de Crémone.

Le deuxième courant s’organise autour des cours, où l’astrologie retrouve les fonctions politiques qu’elle avait dans les cours califiennes, royales et sultaniennes. Le Picatrix* est traduite à la cour d’Alphonse X de Castille. Le roi fait compiler en castillan, par Juda Hacohen et maître Juan d’Aspa, les seize traités connus sous le titre de Libros de saber de astrologia. D. Yehuda Mosca traduit le Livre accompli des jugements des étoiles d’Ibn Abî Ridjal. La cour de Frédéric II reste dans l’ombre de l’astrologie arabe: l’empereur choisit comme astrologue le « philosophe » arabe chrétien Théodore d’Antioche, qui dresse l’horoscope* impérial à Padoue. A la cour de Manfred, Étienne de Messine traduit le Centiloquium d’Hermès* et Jean de Dumpno les Tables astrologiques. L’astrologie arabe s’impose au XIIe s. dans l’Europe savante pour sa rationalité: en 1180, Alain de Lille atteste qu’Albumasar est une autorité dans les écoles. Un ouvrage compilé sous le titre de Livre de Nemrod rassemble un savoir hétéroclite autour de ligure du prince qui a délié Dieu : il affirme et loue le caractère bienfaisant de la science de la nature et de ses secrets. La puissance du courant est telle qu’Église et université, responsable et destinataire pourtant de l’essentiel des traductions, s’alarment : le fatalisme astrologique ne laisse guère de place au libre arbitre et à la rédemption; en 1277, le Livre de Nemrod est condamné. L’usage de l’astrologie reste cependant universel, n’épargnant pas le haut clergé, formé aux disciplines universitaires, et jouant un rôle important, mais discuté, dans la pratique médicale. À partir d’Albert* le Grand, une tradition solide considère en particulier comme licite la magie naturelle qui fait appel à la puissance des étoiles concrétisée et utilisée en images talismaniques, soigneusement distinguée des magies illicites qui reposent sur les invocations, les suffumigations et les exorcismes*. La diffusion des textes arabes est donc solidement assurée.

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