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Arcane

Vous êtes ici : » » Arcane ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

ArcaneLa plus haute étymologie d’« arcane» renvoie au latin classique arcane, «coffre», puis à son dérivé ar- canus, « discret », « caché », « secret », « mystérieux ». Dans son emploi le plus courant, ce terme désigne métaphoriquement, parfois de façon ironique, des lois cachées : celles d’un phéno­mène (les arcanes de la nature), d’une discipline (les arcanes des mathéma­tiques) ou d’une organisation dont le fonctionnement et les codes sont per­çus comme déroutants et incompréhensibles (les arcanes de l’administration). La popularité de cet emploi standard tient à la forte charge imaginaire de ce concept central dans les sciences occultes.

Dans son acception ésotérique  la plus connue, «arcane» désigne nique lame du tarot. Mais le terme, présent en latin dans Le Livre  de Bingen (xie s.), où il ilcslgne le mystère de la multitude des litiges, a fait l’objet d’un emploi spécialisé (Mi alchimie et en médecine Mimique. Son sens est alors riche et l’duplexe. Pour le médecin suisse Parapher , l’alchimie a pour seul but d’extraire  la quintessence des choses, préparer les arcanes, les teintures, les parer les  capables de rendre à l’homme la sante qu’il a perdue». Le médecin, qui est  aussi un mages, «mage», est le manipulateur des arcana. Le terme posséder  donc un sens concret et désigne une substance. Ainsi la «munie» (mumia), baume qui guérit les blessures, est un arcane. Les remèdes obtenus relèvent d’une forme de médecine homéopathique: la plante  nommée pulmonaire, de forme et de consistance spongieuse jugée semblables à celle d’un poumon, est l’arcane de la tuberculose. Ces substances agissent en fonction du principe hermétique de similitude qui établit des correspondances entre les diverses manifestations de la nature.



Ces correspondances, profondes et cachées, qui révèle l’homogénéité sous les apparences de l’hétérogénéité, constituent elles-mêmes des arcanes. Le travail de l’alchimiste consiste à mettre au jour ces arcanes en tant qu’opérateurs de similitude, en découvrant des rapports de qualité sous la différence des formes. Pour ce faire, il lui faut déceler la «vertu» constitutive des choses, que l’on peut également qualifier d’arcane, et connaître l’es­sence qui relie le tout selon un principe de cohérence qui constitue l’arcane « majeur ».

C’est la connaissance de ces arcanes, conçus comme structures ca­chées, qui établit la compétence du mage-médecin et lui permet de remettre en ordre l’organisme du patient. La maladie est en effet perçue comme un désordre, l’installation dans l’orga­nisme de disparités et de conflits. L’arcane-substance rétablit l’harmonie de l’arcane-structure dont il est l’« éma­nation». C’est une doctrine tout à fait holistique, où interagissent le physique et le mental, reprise aujourd’hui par les médecines douces ». La connaissance des arcanes ouvre donc la voie à une médecine universelle, régénératrice du corps mais aussi de l’esprit, et peut per­mettre à l’initié une révélation inté­rieure, démarche spirituelle transposée en termes psychologiques par le psy­chanalyste C. G. Jung. Dans cette logique, pour les rosicruciens, le Grand Arcane représente le résultat de l’ini­tiation.

Cependant, le magistère – l’acquisition et la connaissance des propriétés ca­chées de la matière et de la nature – est un art sacré réservé à des initiés, les adeptes: il faut éviter que le pouvoir des arcanes tombe en des mains gui­dées par la soif de pouvoir et de ri­chesse, fasse l’objet de mauvaises appli­cations qui bouleverseraient le monde. Il est donc nécessaire de protéger le se­cret des arcanes par le secret de l’infor­mation sur eux ; les adeptes ont crypté leurs messages, écrits ou visuels, par une symbolique hautement codée : signes, allégories, symboles. Ainsi, le chien désigne le soufre et le loup l’anti­moine. Précautions non inutiles, si l’on en juge par les actes d’un procès qui eut lieu à Clermont-Ferrand en 1760: trois détenteurs d’une brochure manu­scrite intitulée «Arcanes des arcanes», contenant des «conjurations», invoca­tions de démons* et figures magiques, demandèrent à un prêtre de la baptiser, avec pour salaire une part de l’argent que le diable apporterait à ses utilisa­teurs.

Pour certains commentateurs, le « livre » du tarot, dont on admet ordinairement qu’il a été apporté en France à la fin du xiv’ s. par les Bohémiens, appartient au groupe des textes alchimiques. La car­tomancie* bohémienne aurait assimilé l’hermétisme* alchimique. Les 78 cartes (22 « majeures », 56 « mineures ») du ta­rot sont régulièrement désignées comme des «lames», supports des figures nommées « arcanes », le support et la figure étant souvent confondus. Les 22 arcanes majeurs sont : 1. Le Bate­leur, 2. La Papesse, 3. L’Impératrice, 4. L’Empereur, 5. Le Pape, 6. L’Amou­reux, 7. Le Chariot, 8. La Justice, 9. L’Her- mite, 10. La Roue de Fortune, 11. La Force, 12. Le Pendu, 13. La Mort, 14. La Tempérance, 15. Le Diable, 16. La Mai- son-Dieu, 17. L’Étoile, 18. La Lune, 19. Le Soleil, 20. Le Jugement, 21. Le Monde, 22. Le Mat. Dans son utilisation populaire, la divination* par tirage et interprétation des arcanes concerne les quatre domaines des « sentiments », du travail, des finances et de la santé, traditionnellement considérés comme pré­occupations cardinales de tout individu. Arcane alchimique et arcane du tarot partagent des points communs. D’abord, les conditions requises pour opérer la recherche : un environnement tranquille, en lumière tamisée, de la pa­tience et la capacité de se maintenir en état de veille intuitive. Ensuite, la sémantique du terme: «arcane» désigne un objet concret, manipulable, codé, et possède aussi un sens abstrait et secret.

Puis la conception sacrée d’un « livre » – texte et images – entouré d’une aura mythique de savoir et de puissance, doué d’un pouvoir symbo­lique. Sont partagés également, d’une part, la référence à des archétypes de l’imaginaire – la Mort comme fin visible d’un cycle et début d’un autre, l’agent de transformation (le mercurius, le Bate­leur), le Soleil, la Lune, etc. – et, d’autre part, le mode opératoire du travail. Alchimiste et tarologue raisonnent à partir de systèmes de valeurs en ten­sion et en interaction: sur la base de positions organisées en configurations dont le principe élémentaire est un dipôle de valeurs, de «principes» ou de potentialités antagonistes (mâle-femelle, actif-passif, Soleil-Lune, dispersion-concentration, vitalisation-réalisation…) seront identifiées les interactions mutuelles et, par consé­quent, les transformations qui affectent ou affecteront la matière ou la per­sonne.

L’arcane, qu’il soit objet, signe, code, résultat d’une recherche ou vérité cachée, relève donc d’une méthode d’interprétation du réel plus générale, celle des « tensions polaires » opératoires en astrologie comme dans le système divinatoire du Yi-king ou la conception taoïste du yin et du yang. Cette mé­thode n’est pas l’apanage des sciences occultes ou de l’ésotérisme*. Elle est en effet exploitée, avec des intentions et un vocabulaire spécifiques, dans les sciences humaines en anthropologie (Lévi-Strauss), en sémantique structu­rale (Greimas), en socio-psychologie B. Cathelat  et la Rose des Vents des style de vie ), en sémiométrie (institut Sofres) ou en sémiotique tensive  et contrastive  (J. Fontanille), autant d’herméneutiques  profanes en rein m lie des structures et des cohérences sous-jacentes à la multiplicité des faites et des signes, ainsi que des dynamiques de transformation dans la  mentalités et les discours.

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