Alchimie grecque

> > Alchimie grecque ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

Alchimie grecque. Inconnue de la Grèce classique, l’alchimie grecque émerge et se développe dans l’Égypte ptolémaïque. Au commencement étaient de simples recettes transmises oralement, puis consignées par écrit et archivées dans les temples de l’Égypte. De toute Antiquité, ses artisans avaient acquis une grande réputation dans l’art de l’orfèvrerie, celui des teintures et des minerais naturels. Ces recettes s’en tenaient à l’imitation de l’or et de l’argent, n’abordant jamais la question du changement intégral d’un métal en or. On remarquera toutefois que, dès les premières traces écrites (v. 300 apr. J.-C.) réunies dans deux papyrus grecs – conservés l’un à Leyde, l’autre à Stockholm, la fusion de l’or dans le mercure était citée, une technique de base appelée à une grande fortune.

Alambics. Copie d’un traité d’alchimie, école grecque, XVe s. L’alchimie est née de la rencontre d’un savoir-faire traditionnel, recouvert du sceau du secret, et d’un discours métaphysique. Les alchimistes grecs se dotèrent d’une doctrine fondée sur la sympathie universelle d’origine stoïcienne et sur un primus inventor, Chymès. Ils trouvèrent un nom (chêmeia, en arabe al-chimiya) dont, encore aujourd’hui, nous ignorons la signification exacte. Dès lors, le cœur de la doctrine est bien la transmutation des métaux vils en métaux nobles (or et argent).
Les textes alchimiques, rassemblés dans plusieurs manuscrits, sont le plus souvent placés sous l’autorité d’illustres philosophes de l’Antiquité, leurs formules rapportées à Hermès, à Cléopâtre, à Marie la Juive, à Moïse, à Isis, à Ostanès, etc. Des noms mythiques qui accompagnent des procédés, des opérations dans le but supposé d’en augmenter la valeur marchande et d’en amplifier la portée symbolique. Un seul auteur authentique de recettes a pu être identifié comme ayant été utilisé par les alchimistes grecs : Jules l’Africain (m. apr. 240) contemporain de l’empereur Alexandre Sévère.

La littérature alchimique, qui commence au IIe s. de notre ère, se compose d’un premier recueil de recettes, les Physicalismes et mystica, attribué à Démocrite par un (ou des) anonyme(s) qui exploitent ainsi la légende d’un Démocrite possédant le savoir d’un mage. Ce recueil « démocritéen » mêle des techniques Sur l’or, l’argent, les pierres précieuses les teintures au récit d’une évocation “vocation, à des exposés doctrinaux et polémiques. On y trouve, à différents endroits, le célèbre axiome : « Ô natures vous produisez les natures, natures : jutes grandes qui par vos changements vainquez les natures, ô natures lui au-delà de la nature, charmez les natures », un condensé de la loi des antipathies et des sympathies qui fonde l’alchimie. Cette première époque de la créature alchimique grecque englobe également les courts traités attribués à Hermès, à Agathodémon, à Apollon, à Marie la Juive, à Théophile, à Pibichius…

C’est à cette même époque, vers la fin du siècle, qu’apparaît l’œuvre la plus importante de l’alchimie gréco-alexan-drine, celle de Zosime de Panapolis, selon la Souda (Xe s.), l’auteur d’un ouvrage en vingt-huit livres adressé à Théosébie, sa sœur spirituelle. Ses autres écrits alchimiques, ceux du moins réunis dans les Mémoires authentiques, contiennent des visions où le travail de l’alchimiste s’apparente à celui d’un prêtre accomplissant un rite sacrificiel, une cérémonie de mystères dévoilant une technique (la transmutation des métaux) par le détour d’un discours mystique. Héritier des travaux précédents, Zosime expose un vitalisme des métaux doués d’une âme (pneuma) et d’un corps (soma). Son texte prend la forme d’une relation, celle d’une quête initiatique semée de réflexions sur la matière. Nombre de thèmes, véhiculés et adaptés ensuite par toute la littérature alchimique arabe et occidentale, appartiennent déjà à l’œuvre de Zosime : le songe, le voyage, la présence d’un maître, l’homme-métal, la mort et la résurrection des métaux. Les commentateurs achèvent le cycle de l’alchimie gréco-alexandrine. Au IVe s, Synésius commente les Physica et mystica du pseudo-Démocrite, ainsi que Pétasius. Olympiodore, du même siècle à ne confondre ni avec l’Olympiodore historien (ve s.) ni avec le philosophe du VIe s, s’attache à corriger l’œuvre de Zosime dans un ouvrage intitulé Sur la pratique de Zosime. On veillera à ne pas oublier Étienne d’Alexandrie (VIII s.), auteur des Neuf Leçons dédiées à l’empereur Héraclius (610-641). C’est à son école et à son influence qu’on attribue quatre poèmes dits respectivement d’Héliodore, de Théophraste, d’Hiérothée et d’Archelaos. Plusieurs alchimistes se réclament alors du christianisme, joignant à leurs recettes des formules d’orthodoxie chrétienne. Après la conquête arabe, la rédaction de textes grec

d’alchimie se poursuit à Byzance. On citera Michel Psellos (1018-1098), Nicéphore Blemmydès (1197-1272) et encore, au XIVe s, Cosmas et, au XVe s , Jean Canaboutzès, Georges Midiatès… Cette dernière école subit alors l’influence des œuvres arabes et occidentales. L’alchimie grecque, nous avons eu l’occasion de le dire plus haut, est un discours sur une pratique définitivement marquée par le mystère et les secrets des ateliers. Zosime n’explique-t-il pas que les artisans en orfèvrerie qui œuvraient aux trésors royaux étaient de ce fait astreints au silence? Elle s’est construite, en outre, dans le cadre général de la philosophie grecque que dominent les pensées de Platon et d’Aristote. Son thème central, la transmutation, trouve son origine dans la croyance bien établie que tous les métaux sont constitués d’une même matière, soit le mercure, soit le plomb (Zosime, Olympiodore). Cette matière première, commune et réceptive, suit un processus de transformation initié par l’incorporation de substances immatérielles, les « esprits » sublimés que la décomposition des métaux par le feu a produits. Il est évident que, sans les notions principales de la physique aristotélicienne (la matière première indéterminée, la théorie des qualités) et du Timée de Platon (par ex, le modèle du dieu artisan), le régime alchimique n’aurait pas assumé cette forme théorique qu’il gardera jusqu’à la fin du Moyen Age. Cependant, l’aspect central de l’alchimie est d’avoir posé une matière première métallique qui, à la différence de son homologue aristotélicien
une pure abstraction intellectuelle -, peut être isolée pour être ensuite enrichie de qualités de façon à obtenir le métal parfait. Ceci amena des théoriciens comme Olympiodore à invoquer le patronage des présocratiques qui expliquent les métamorphoses du monde par l’avènement d’un principe premier, visible en la manifestation d’un élément, fécond ou actif, toujours concret : l’eau (Thalès), l’air (Diogène), le feu (Héraclite). Cette leçon des Grecs passera aux Arabes et des Arabes aux Latins, dans un imposant traité, la Turba philosophorum Pour revenir à l’ésotérisme de l’alchimie, nous avons dit qu’elle le devait en partie à ses origines obscures, celles d’un art réputé difficile et se transmettant de père en fils, ayant trait au sacré. À cette raison déjà exposée par Zosime en personne, s’ajoute que, très vite, les alchimistes se sont eux-mêmes perçus, à l’image des philosophes et de leurs adeptes, comme des initiés qui reçoivent leur enseignement d’un personnage mythique. Voilà pourquoi les textes alchimiques utilisent un langage codé où abondent les mots de passe, les images insolites et les métaphores.

Les commentateurs – Olympiodore, Etienne d’Alexandrie – chercheront à éclaircir les allégories léguées par ceux qu’ils appellent les «Anciens», en expliquant que ces caches, ces obscurités n’ont d’autre but que celui qu’Aristote et Platon assignent à la philosophie et , ses énigmes, d’aiguillonner les chercheurs à poursuivre leurs investigations au-delà du sensible. Mais l’alchimie, c’est aussi une pratique et une méthode. Et les alchimistes grecs seront les premiers à dire que cette méthode ne peut être garantie que par Dieu, qu’en un sens, l’usage de la raison se trouvait validée par la Transcendance. D’autre part, Zosime, nourri d’hermétisme gnostique, ouvre la voie à une connaissance intime du divin par l’homme intérieur, que l’homme extérieur, l’alchimiste, découvre à travers les différentes étapes du régime alchimique.
Il apparaît en conclusion que, profitant largement du climat intellectuel de l’Égypte hellénisée, l’alchimie grecque  inventé et produit des textes et des pratiques dont les notions, les concepts, voire les métaphores constitueront le noyau de l’alchimie, tout au long de son histoire.

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