Alchimie arabe

Vous êtes ici : » » Alchimie arabe ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

Alchimie arabe. L’alchimie, d’origine gréco-égyptienne, connut en terre d’Islam un véritable âge d’or. Les premiers textes alchimiques arabes sont des traductions, telles celles de Zo-sime (760). Toutefois, les nombreux traités copiés dans ces temps-là sont plutôt des adaptations du grec rédigées directement en arabe que des traductions. C’est ainsi que Pythagore, Ar-chelaos (prétendu maître de Socrate), Socrate lui-même, Platon (Aflatün), Aristote, Porphyre, Galien, au même titre qu’Hermès, Cléopâtre, Ostanès, Marie la Juive ou la Copte, Zosime sont réputés des alchimistes confirmés.

Des textes importants leur sont imputés Alambic. Manuscrit arabe, XVIIe s. comme à Platon le Kitâb al-rawâbî (Liber quartorum) ou à Aristote des dialogues alchimiques avec Alexandre. On notera que ces traductions et ces adaptations émanent parfois de cercles chrétiens qui, du syriaque, les traduisent ensuite en arabe.On range également dans ce premier corpus de textes alchimiques un célèbre ouvrage, vénéré par les Latins, la Turba philosophorum, en arabe Mushaf al-jama’a (xe s.), autrement dit L’Assemblée des philosophes. Cette œuvre, conçue à Akhmîm, la patrie de Zosime, est présentée par la critique moderne comme une habile synthèse entre une doxographie présocratique, les idées alchimiques et le Coran. Appartient à cette première génération de textes le Kitâb sirr al-halîqa (Livre du secret de la Création), attribué à Apollonius de Tyane, une vaste encyclopédie d’un dénommé Bâlinâs, recelant en son dernier chapitre la célébrissime Tabula smaragdina (Table d’émeraude), censée contenir le dogme de l’œuvre alchimique. La formation des métaux y est décrite comme un mélange de soufre et de mercure. Le traité d’Artefius, le Kitab miftâh al-hikma (Clavis sapientae), s’inscrit dans la lignée du Livre du secret de la Création, qui annonce par son lexique les travaux de Jâbir. Jusqu’alors, ces traités, même écrits en arabe, ne transmettaient que des doctrines et des techniques reprises de l’alchimie grecque. Avec la deuxième génération de textes alchimiques arabes, des auteurs s’affirment comme tels, producteurs de concepts neufs et déterminants, et non plus comme les disgrâce, comme le rapporte le mythe, son livre majeur, le Kitâb ar-Rahmâ Livre de la Miséricorde), roulé sous oreiller. Toujours est-il que plusieurs collections alchimiques paraissent sous son nom, vraisemblablement produites par un groupe d’Ismaéliens.

Parmi elles, Kitâb as-sab’în (Livre des 70) et les Livres de la Balance. Nous reviendrons sur l’alchimie jabirienne, pierre d’angle de l’alchimie arabe. Abû Bakr ar-Râzî (le Rhazès latin, ou encore Bubacar), au x s, quoiqu’il n’en conteste pas les fondements, offre un pendant à l’école jabirienne, dans la mesure où, médecin lui-même, il privilégie le travail positif du laboratoire plutôt que les élucubrations métaphysiques. Son livre le plus connu, le Sirr al-asrâr (Secretum secretorum), est un monument de précision au milieu d’un océan d’ambiguïtés et d’approximations. Ar-Râzî distingue, par ex., entre les esprits comme le mercure, le sulfure d’arsenic, les corps (T IE cuivre, etc.), les pierres (l’oxyde de fer, l’azurite, etc.), les vitriols, les borax et les sels, substances naturelles, auxquelles il ajoute des substances artificielles (la litharge, par ex.). Ses connaissances et son labeur acharné devaient porter leurs fruits dans le domaine de la pharmacologie. Cependant, son esprit de la méthode et son goût pour les données objectives ont fait peu d’émules dans un monde que travaillent les forces et les jeux de la mystique et de l’hermétisme. Il est d’usage chez les Arabes, remarquait Ibn Khaldûn (XIVe s.), chaque fois que la sémantique fait difficulté, de recourir à la métaphore. Plus représentatif de l’alchimie arabe serait donc, au XII s, Muhammad Ibn Umayl al-Tamîmî (le Senior Zadith latin), contemporain du pseudo-Maslama al-Maghriti, l’auteur présumé d’un livre alchimique, Rutbat al-hakîm (Rituel du sage) et du Ghâyat al-hakîm, un traité de magie mêlée d’un peu d’alchimie, dont la traduction latine (Picatrix) connut en Occident une grande popularité.

L’ouvrage le plus fameux d’Ibn Umayl, le Kitâb al-mâ’al-waraqî wa al-ard al-najmiyya (Livre de Veau ajoutée et de la terre stellaire), en d’autres termes latins la Tabula chemica, commente un premier texte, une ode alchimique, Risalât al-shams wal-hi- lâl (Épître du soleil et du croissant). La Tabula chemica contient nombre de citations hermétiques que ne manquèrent pas de signaler les érudits. De plus, il développe un récit allégorique, chargé de symboles, qui fascina les alchimistes latins. Cette tradition allégorique s’est poursuivie dans le monde musulman avec At-Tugrâî (m. en 1121), Iraqî (XVIIe s.), jusqu’à Jaldakî (XIVe s.). L’erreur, cependant, serait de réduire l’alchimie arabe à la seule allégorie. L’apport scientifique d’un Jâbir, d’un Jaldakî, voire d’un Ibn Umayl reste considérable. Ils ont changé et amplifié la technologie des Grecs, livrant dans leurs manu-scrits des descriptions détaillées d’appareils, bouleversant les principes de base de l’alchimie, édictant une terminologie toujours actuelle.



Jâbir, s’appuyant sur la théorie aristotélicienne des quatre éléments, expose que chaque métal comporte deux qualités externes et deux internes, cachées. Ainsi, le plomb est froid et sec à l’extérieur, chaud et humide à l’intérieur, comme l’or. On conviendra sans peine qu’un tel postulat ouvre la voie, du moins en théorie, aux combinaisons et à la conversion des métaux. La matière des métaux est donc un équilibre de soufre et de mercure: sous l’influence des astres, les métaux se forment au sein de la terre par l’union de ces deux éléments. Le meilleur mélange aboutit à l’or. L’alchimiste, par conséquent, peut fabriquer de l’or dans son atelier, après avoir isolé chacun des éléments par une distillation fractionnée. Et, de distillation en distillation, de grillage en gril-lage, au bout d’une longue attente, il obtient une teinture, ou élixir (al-iksîr), chaud et humide dans sa composition comme l’or (théorie des qualités), qui, projeté sur du plomb ou sur du fer, le transforme en or. Cet élixir exerce sur un métal le même effet bénéfique qu’un médicament sur un corps malade. L’alchimie jâbirienne ne s’arrête pas à la seule pratique. En effet, Jâbir élabore un système compliqué de correspondances chiffrées auquel il donne le nom de Balance (mîzân). Il tient à proposer à la sagacité du lecteur une alchimie scientifique, fondée sur une théorie parfaite, dont il n’exclut pas même la génération artificielle d’un homme, entre autres réalisations suprêmes. Car les auteurs du corpus jâbirien, redécouvrant les chemins battus par Zosime, accordent à l’alchimie un statut semblable à celui de l’astrologie et de la prophétie, les modes privilégiés de la révélation et de l’inspiration. Par le travail alchimique, l’initié, l’adepte se transforme lui-même en authentique « imam ». Cette alchimie spirituelle, intérieure, trouvera encore des disciples à une époque plus récente, dans la secte de Shaykhie.
Si l’alchimie semble s’épanouir sans controverse en terre d’Islam, elle eut cependant ses opposants, comme Avicenne et Ibn Khaldûn. Le premier, dans le Shifa’, affirme l’impossibilité de la transmutation qu’il semble, malgré tout, avoir acceptée dans ses premiers

← Article précédent: Argyropée Article suivant: Alchimie chrétienne

Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles