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Aimant

Vous êtes ici : » » Aimant ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

Aimant

Si la Chine connaît l’aimant depuis des millénaires, c’est Thalès de Milet, v. 585 av. J.-C. qui, le premier en Occident, évoqua les pouvoirs merveilleux de la pierre d’aimant ou pierre de Magnésie. Car, quand le Français, en nommant cette pierre «aimante», tient à marquer sa force attractive, les Grecs tirent son nom de Magnésie (magnes) ou d’Héraclée (la «pierre d’Héraclée», chez Platon), par allusion à des localités où se trouvaient à l’état naturel des pierres aimantées. Dans le tome XXVI de son Histoire naturelle, Pline l’Ancien (23-79) situe l’origine du terme grec pour «aimant» en relatant la légende du berger Magnés dont les souliers cloutés restèrent collés à un rocher noir. Une autre source fait dériver du grec magein (au sens d’« ensorceler») le mot «magnétite» (pierre de Magnésie), ce qui ne laisse pas de nous éclairer sur le rapport qu’entretenaient les Anciens avec l’effet de cette pierre. Témoin, saint Augustin s’écriant avec force, dans La Cité de Dieu : « La pierre de Magnésie, nous le savons, attire mer veilleuse ment le fer. Quand je vis cela pour la première fois j’en éprouvai un violent saisissement. » Ou même l’épicurien Lucrèce (98-55 av. J.-C.) qui prête aux objets aimantés une vie propre:
« J”ai même vu, [dit-il], des anneaux de fer de Samothrace bondir en l’air, et de la limaille de fer s’agiter furieusement. » Plus tard, Goethe (1749-1832) en fera l”exemple type du «phénomène originaire », cause d’un grand étonnement, auquel il suffit de se référer pour expliciter toutes sortes de phénomènes. Thalès et Anaxagore dotaient l’aimant d”une âme. Par la suite, après Lucrèce imaginant qu’il faisait le vide entre lui et le fer et favorisait ainsi l’attraction, la thèse de l’interaction universelle, chère à Plotin et reprise par M. Ficin*, verra dans l’aimant le symbole même de la commune attraction » (et répulsion) qui régit tout F Uni vers.



Si. au Moyen Âge, Pierre de Maricourt, dit le Pèlerin, écrivit une première lettre scientifique qui décrivait tout ce qui était connu à l’époque au sujet de la magnétite (1269) – une lettre préfigurant les travaux et les expériences d’un Villiam Gilbert qui exposa en 1600 les principes du magnétisme, l’aimant n”en continue pas moins de fournir aux philosophes, aux poètes et même aux exégètes les images les plus puissantes propres à l’Amour et à son infaillible pouvoir d’attraction. A preuve, Galvano de Levanto (XIVe s.) qui compara ses effets à ceux du Christ attirant les pécheurs. D’autre part, on s’est vite rendu compte que la magnétite non seulement casino captait le fer, mais, présentée sous la torme d’une aiguille flottant sur l’eau, qu”elle pointait toujours en direction nord-sud, créant ainsi l’ancêtre de la boussole.

Que ce soit en alchimie ou en médecine, se développent des théories sur aimant, le plus souvent tributaires de idée de l’homme (microcosme) soumis du jeu des influences réciproques. Para-celse employa, pour la première fois Occident, l’aimant à des fins thérapeutiques ; de là, une médecine magnéce que censée stimuler la circulation duîang et les influx nerveux.

Dans le domaine de l’alchimie, la pierre ce Magnésie (magnesia) est souvent synonyme de la materia prima reconstituée au laboratoire, ou d’amalgame. Le pseudo-Lulle le dit expressément: «Fils, l’esprit de la Quinte essence se retrouve dans notre Magnésie, savoir ce vif-argent, d’où est issue la fumée de notre or et de notre argent.»

Chez un Heinrich Khunrath, elle signifie le chaos primitif. Dans l’alchimie des xvile et XVIe s, on accordera beaucoup d’importance à l’aimant (magnet), qui signifie parfois l’antimoine pur. M. Ruland (1612), dans son Lexique, lui donne le sens d’un amalgame composé soit de marcassite et de mercure, soit d’argent et de mercure. Basile Valentin, quant à lui, parle, dans un contexte alchimique et à propos du Verbe divin, d’« amour magnétique». Mais c’est peut- être à A. Kircher (1601-1680) qu’on doit la plus grandiose théorie qui fait de la magnétite et de ses pouvoirs le principe explicatif de tous les phénomènes naturels. Quant à la médecine magnétique, elle trouvera avec F.-A. Mesmer son plus célèbre promoteur : postulant l’idée d’un «magnétisme animal» capable de restaurer une harmonie perdue, il se livrera à de véritables cures magnétiques qui connurent un grand succès.

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