Agrippa de Nettesheim

> > Agrippa de Nettesheim ; écrit le: 6 avril 2012 par telecharger

Agrippa de Nettesheim, Cornélius (1486- 1535 ou 1536).

Né à Cologne, Heinrich Cornélius Agrippa fut un élève précoce. Il obtint le titre de maître dès arts en 1502 à l’université de Cologne, un doctorat de théologie à Dole en 1509, un doctorat de médecine à Padoue en 1515. Comme beaucoup d’intellectuels humanistes de son temps, il mena une vie errante qui lui fit acquérir une culture encyclopédique. On le retrouve tour à tour à Paris en 1507, en Espagne en 1508, en Franche-Comté en 1509, puis à Londres, en Lombardie entre 1512 et 1518, à Metz entre 1518 et 1520, à Genève, à Fribourg, à Lyon entre 1524 et 1527, à Anvers de 1527 à 1531. Il rentre à Cologne en 1532, puis réside à Bonn jusqu’en 1535 pour finir sa vie en France, à Grenoble.

Il s’essaya tour à tour à la vie universitaire à Dole où il lut et commenta les œuvres de Johannes Reuchlin, à Pavie et à Turin ; il exerça la médecine à Genève, à Fribourg et à Lyon ; il occupa des places de conseiller de la ville de Metz et de conseiller juridique et d’historiographe à Anvers; il servit les grands princes de son temps, le roi de France François Ier, l’empereur Maximilien, la reine mère de France Louise de Savoie, le connétable Charles de Bourbon, la gouvernante des Pays-Bas Marguerite d’Autriche et le prince- électeur Hermann von Wied, archevêque de Cologne. Disciple de Johannes Reuchlin, il rencontra au couvent dominicain de Saint-Jacques, à Würzburg, Johannes Trithemius, abbé de Spanheim, qui, par la suite, lui légua sa bibliothèque, suivit les cours de John Colet à Londres, commerça avec l’humaniste lorrain Claude Dieudonné et eut pour élève le médecin Johannes Wier. Bien que ses contemporains lui eussent donné une réputation sulfureuse de magicien, réputation alimentée par son ouvrage sur la Philosophie occulte, Cornélius Agrippa fut un humaniste et un philosophe néo-platonicien de premier plan.

Il écrivit plusieurs ouvrages importants, dont un De nobilitate et praecellentia foeminei sexus, en 1509, en l’honneur de Marguerite de Bourgogne, et un De incertitudine, publié en 1530 à Anvers. Certains de ses écrits et ses engagements d’être poursuivi à plusieurs reprises pour hérésie. Mais c’est par sa Philosophie occulte que Cornélius Agrippa est passé à la postérité. Une première version de cet ouvrage était déjà rédigée en 1510 quand il la soumit à Johannes Tri-themius pour critiques.

Agrippa la remania à plusieurs reprises, surtout après 1520, quand il hérita des manuscrits de Trithemius. La deuxième version du texte fut enrichie par la lecture des commentaires de Marsile Ficin sur Platon et Plotin (le De vita coelitus comparanda et la Theologiaplatonica), des livres de Giovanni Pico délia Mirandola Q’Oratio de dignitate hominis et YApologia) et de Johannes Reuchlin (le De verbo mirifico et YArt de la cabale). Mais les dernières versions furent surtout influencées par le De harmonia mundi de Francesco Giorgio Veneto. La Philosophie occulte parut en 1532 à Anvers, Cologne et Paris, mais le texte circulait depuis plusieurs décennies sous forme manuscrite et jouissait déjà d’une solide réputation. Pour Agrippa comme pour les philosophes platoniciens de la Renaissance, la magie était la science qui regroupait toutes les connaissances acquises pour donner à l’homme la capacité d’agir sur la réalité et de connaître les secrets de la nature.

Cet enthousiasme pour les secrets de la nature lui vient de sa conviction néoplatonicienne que Dieu se manifeste de différentes manières dans le monde qu’il a créé. C’est pourquoi Agrippa étudia l’alchimie, l’astrologie, la médecine, la géologie, la mécanique, mais, contrairement à la réputation de mage qu’il a laissée derrière lui, il demeura avant tout un théologien néo-platonicien qui croyait que l’étude des choses sacrées pouvait restaurer l’antique relation que l’humanité entretenait avec Dieu avant la Chute. Pour lui, la foi et la raison s’appliquaient à deux domaines distincts, ce qui l’opposait à la philosophie scolas-tique alors dominante. La raison pour laquelle Cornélius Agrippa écrivit sa Philosophie occulte repose sur le constat que la magie – « sublimis sacmque facultas » – connaissait un profond déclin dû à la corruption des textes, à la méconnaissance critique et philosophique de ces textes, ce qui entraînait un incompréhensible mélange d’erreurs et d’obscurités, aux critiques de l’Église à l’égard de la magie et de ceux qui la pratiquaient, au détournement de la magie par de vieilles sorcières superstitieuses.

D’où la nécessité de distinguer la vraie magie de la fausse, la science de la pseudo-philosophie, le sacré du sacrilège. Comme chez Marsile Ficin, Agrippa perçoit la nature comme une unité harmonieuse de toutes les choses vivantes ou inanimées. Le cosmos, qui est une épiphanie du divin, est animé, et les étoiles y jouent un rôle régulateur.

Des correspondances existent entre les différents niveaux du cosmos que le mage est capable d’interpréter et de mettre en mouvement. L’esprit du monde et ses fonctions naturelles constituent donc les fondements de l’activité magique fondée principalement sur l’attraction à travers la similarité. La nature est animée par des principes de sympathie et de répulsion qu’exerce chaque chose sur toute chose et qui se manifestent à travers des rituels et des incantations destinés à provoquer la colère, la haine, l’amitié, le préjudice ou le bienfait. La magie est à la fois une connaissance et une pratique. La Philosophie occulte comprend trois livres qui traitent de trois magies différentes – ca¬tégories empruntées à Reuchlin : une magie élémentaire ou naturelle qui repose sur la physique, une magie céleste fondée sur l’astrologie et les mathématiques et qui exige une grande prudence car elle est souvent fausse et confuse, une magie religieuse enfin. Cette dernière est dangereuse et compliquée dans la pratique. Elle a pour but d’évoquer les démons, qui peuvent être bien-faisants dans le cas de la magie théurgique ou malfaisants dans celui de la magie gétique. Le troisième livre de la Philosophie occulte ne traite que de magie théurgique, Agrippa refusant d’aborder la magie goétique qu’il juge diabolique et superstitieuse. Cependant, très tôt, circula dans le milieu des magiciens européens un quatrième livre apocryphe de la Philosophie occulte con¬sacré à la magie démoniaque. Agrippa n’en était pas l’auteur ni même l’inspirateur, mais il couvrit de son autorité posthume les activités des nécroman¬ciens qui furent poursuivis par les tribunaux laïques ou inquisitoriaux. Pour les auteurs postérieurs, Cornélius Agrippa resta suspect de nécromancie*, bien malgré lui. L’historien Paul Jove raconte qu’il était accompagné d’un diable sous la forme d’un chien, qui se jeta à la Saône après sa mort. Dans ses Songes, Que-vedo met Agrippa en enfer à côté de Pietro d’Abano. Au xixe s. encore, Mary Shelley s’en inspira pour créer son personnage de Frankenstein. J.-M. S.

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