Abrasax

> > Abrasax ; écrit le: 5 avril 2012 par telecharger

Est un démon synthétique de l’Antiquité tardive, à l’origine hellénistique et alexandrin, élaboré dans un milieu influencé par la religion et par la magie juive. Son nom est lié aux spéculations numérologiques sur le sens des lettres grecques: la somme de ses lettres est en effet de trois cent soixante-cinq ; il est donc l’équivalent numérique du groupe agion no-mon, «nom saint», qui vaut trois cent soixante-cinq et désigne le Tétragramme-maton, nom hébreu imprononçable de Dieu aux effets magiques puissants, du nom Sathren ou encore de Mithras. À Alexandrie, aux IIP et IVe s. c’est un démon solaire, seigneur des 365 jours de l’année, encadré par des déités syncrétiques, laô, SabaÔth, Adonaï, Aiôn, Mak-haêl, Raphaël, etc. Sa liaison est étroite avec les saisons.

Aux origines de la gnose, le démon est intégré dans la théogonie de Basilide comme démiurge et archonte des trois cent soixante-cinq cieux. Dans le rituel d’envoûtement amoureux alexandrin (Bibliothèque nationale, Paris), il faut justement lier une feuille de plomb gravée à la figurine féminine par trois cent soixante-cinq nœuds. Et, dans les textes gnostiques de Nag Hammadi, Abrasax est lié à la vie éternelle.

Le nom de ce démon apparaît sur les coupes magiques judéo-araméennes et sur les amulettes magiques éditées par Joseph Naveh et Shaul Shaked. Sur les papyrus magiques grecs d’Égypte, il assume des fonctions originales, comme celle de garant de l’invisibilité. On le trouve aussi sur les lamelles de défixion et les amulettes diffusées en Occident par les troupes de l’Empire romain et par la diaspora juive. Le nom y est écrit sous des formes diverses: Abrason, Abrasa, Abraxas, Abrasarx, Abraqûs. On le trouve en Grèce, sur l’amulette d’Amphipolis, en compagnie de Baroukh, en Afrique romaine, à Zian, sur une lamelle d’or de magie amoureuse, avec « l’épée de Moïse », à la claire portée sexuelle. À Sidi Kaddou (Tunisie), il apparaît comme souverain à égalité avec Oreobazagra, Séméseilam, Adonaï, etc., pour protéger l’agriculture des quatre maux qui la menacent : grêle, rouille du grain, vents typhoniens, sauterelles. En Sicile, il est particulièrement lié au milieu juif : l’amulette de Mazzarino associe Abrasax aux noms des anges; le phylactère* de Moïse de Palazzolo Acreide le mêle à Séméseilam, Ablathanalba et autres nomina barbara. En Gaule, sur des amulettes retrouvées à Mondragon et à Avignon, elles aussi destinées à écarter la grêle, il est le serviteur du dieu Oamoutha. À Autun, sur une tablette d’exécration, et en Pannonie, à Szomba-thely (Hongrie, auj.), c’est le démon de la mort. Il est donc invoqué dans une vaste gamme de fonctions protection contre les catastrophes agricoles, magie sexuelle, protection contre la mort. Sur les gemmes* et les amulettes, le nom est associé à une figure de soldat à tête de coq, ce qui permet de mettre cette figure en liaison avec le nom du coq de combat, Abrakhâ. Il disparaît au Moyen Âge : présent sous la forme Abragag dans le Livre de Ra-ziel, traduit en Castille sous Alphonse X, le nom de ce démon est absent des grands textes tardifs d’angélologie, grimoires, Heptaméron, Liber Juratus, Le megeton, Picatrix.

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