Un site du réseau encyclopédique Savoir.fr

La sorcellerie au village : Naissance et baptême

Vous êtes ici : » » » La sorcellerie au village : Naissance et baptême ; écrit le: 17 avril 2012 par telecharger

La sorcellerie au village : Naissance et baptême

Avant même de venir au monde, l’être humain est soumis au monde magique ; les villageoises soucieuses du sexe du futur enfant et espérant un héritier se rendent chez le sorcier pour une séance de prédiction. Le devin laisse tomber une pièce de monnaie entre les deux seins de la mère et observe : si la pièce roule à gauche, côté du malheur, c’est une fille, à droite, c’est un garçon. Plus mystérieux, il place un chat noir sur le ventre de la mère : si l’animal baisse les paupières, c’est un mâle.
De la naissance au baptême, les esprits maléfiques guettent le nouveau-né. L’accouchement est une étape dangereuse pour la mère et pour l’enfant. Pour parer aux maléfices, on accroche des tableaux prophylactiques dans la chambre de la parturiente, portant les inscriptions tirées de la Bible :« Tout Puissant, détruits le Satan ;
Tu ne laisseras pas en vie la sorcière »
A l’heure de la délivrance, on allume un cierge béni le jour de la Chandeleur ; la sage-femme s’affaire et reçoit l’enfant dans les bras. Aussitôt, elle crache sur son corps. La salive, aux vertus thérapeutiques reconnues depuis des siècles, joue ici un rôle purement magique et protecteur contre les mauvais sorts.
Peu de temps s’écoule entre l’accouchement et le baptême ; un enfant non baptisé est enfant du diable. En Ariège, lorsque la nais¬sance survient dans la période de Noël et que le premier sacrement tarde, on pense que la sorcière viendra chercher l’innocent la nuit de Noël ou lui jettera un sort. Si l’enfant meurt sans ondoiement, il reviendra persécuter sa famille sous la forme de feux follets. Tant que la cérémonie sacrée n’a pas eu lieu, l’enfant ne sort pas de la maison et la mère effectue divers rituels défensifs. Elle cache du sel dans le berceau, retourne une manche de la brassière, place un morceau de pain symbole de vie, accroche une médaille et un chapelet, verse trois gouttes de vin dans la bouche de l’enfant et veille toutes les nuits à la lueur du cierge béni. Dans les Cévennes, elle attache un « bréou » au cou de l’enfant, talisman contenant une tête de vipère, un grain de sel, un grain de poivre, une miette de pain. Magie superstitieuse et religion ne sont pas trop de deux pour lutter contre une mortalité infantile importante. Lors de la visite des voisins, la mère prend garde à ce que personne ne passe le bébé au-dessus d’une table, annonçant sa mort prochaine. Chacun sait qu’il ne doit pas présenter l’enfant devant un miroir ou balancer le berceau vide, le diable qui convoite cette place s’y installerait.
Le jour du baptême, celui qui porte l’enfant de la maison à l’église doit présenter un morceau de pain à la première rencontre. Au XIXe siècle, le baptême s’effectue selon le rituel du Concile de Trente et comprend une exsufflation. Le prêtre souffle à trois reprises sur le visage de l’enfant en disant : « Sors de lui esprit immonde et fait place à l’Esprit Saint Paraclet. L’Esprit Saint chasse le démon ».
Avec le temps, l’écart entre la naissance et le baptême n’a cessé de s’agrandir comme si les nouveau-nés n’intéressaient plus les mauvais esprits et les sorciers. La mère qui allaite, la nourrice, sont des proies privilégiées des sorciers souvent accusés de leur couper le lait : autre moyen de mettre la vie de l’enfant en danger, mais aussi d’atteindre celle qui allaite dans sa dignité. Une femme sans lait, aliment vital et boisson de l’éternité, ne peut concevoir que ce malheur provient d’un état biologique perturbé et l’assimile à un mauvais sort. D’où de ibreuses précautions : ne pas découvrir sa poitrine devant le -1er qui agirait par son regard, ne pas se laisser toucher le haut orps, mettre son tablier à l’envers.
Dans la région de Tanargues, les nourrices se protégeaient au en d’une « pierre d’agate » appelée « Le Pater de la » (=le 2 du lait) en référence à Sainte Agathe, leur patronne aux seins chés par le bourreau, lors de son martyre. Lorsque le sort était et actif, les Bretonnes se rendaient en pèlerinage pour prier à ention de Ste Armel, de St Taupin et Ste Agathe.



← Article précédent: Article suivant:

Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles